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Sauver le soldat Merkel, c'est se sauver nous -mêmes...

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1/ La BCE, symbole de l’Union Européenne:

Devenue au fil des ans le véritable pivot de l’Union Européenne, la BCE - unique entité fédérale au sein de la construction européenne - fonctionne et agit avec un farouche dynamisme qui a probablement évité à la zone Euro de sombrer financièrement ces dernières années. Le contraste offert par l’incapacité de l’UE à résoudre la crise des réfugiés résulte en grande partie de cette absence de fédéralisme dans les solutions présentées par les pays européens: replis sur soi, retour des égoïsmes territoriaux, absence de concertation, … ces insuffisances européennes ont abouti à l’accord passé en début de semaine avec la Turquie, accord qui balaie les principes moraux et légaux sur lesquels reposent la construction européenne.
La survie de Schengen passe notamment par un renforcement urgent et durable des moyens et pouvoirs à accorder, entre autres, à l’agence Frontex, officiellement en charge de nos frontières extérieures communes. Il n’est jamais trop tard pour compléter et pérenniser la construction de l’UE ...

Ce besoin de « davantage et mieux d’Europe » devient d’autant plus urgent qu’économiquement, les actions de la BCE, aussi innovantes et courageuses soient-elles, atteignent leurs limites.
La BCE se devait de prendre de nouvelles initiatives au regard de la dégradation de l’environnement économique (ralentissement chinois et des pays émergents, appréciation du taux de change effectif de l’Euro, indices d’inflation en territoire négatif en France et Allemagne,…). Les annonces faites cette semaine témoignent de la volonté de la BCE de contribuer désormais à la relance de la croissance davantage par l’activation des moteurs domestiques que par la contribution du commerce extérieur, prenant acte du ralentissement du commerce mondial:

- si les baisses de taux directeurs ont eu lieu, Draghi a clairement signifié que ce moyen ne serait probablement plus utilisé à l’avenir car les niveaux négatifs atteints génèrent des effets contre négatifs (fragilisation du système bancaire, distorsion des prix des actifs financiers,…). Cette décision explique l’appréciation de l’Euro observée;

- l’augmentation des achats mensuels d’obligations de 60 à 80 Mds € contribuera à maintenir les taux d’interêt bas en Europe, voir à les détendre encore davantage (selon Goldman Sachs, à ce rythme d’achat, le stock de Bunds disponibles sur le marché sera épuisé avant 12 mois !…);

- l’extension, sous certaines conditions (Investment Grade,…) de ce Quantitative Easing aux obligations d’entreprises facilitera le financement d’entreprises. Quand bien même le niveau actuel des taux est bas, certains secteurs (énergie notamment) devaient en bénéficier…

- le TLTRO (programme de refinancement des banques) consistant à prêter aux banques commerciales à taux zéro, voire négatifs (ie payer les banques pour qu’elles prêtent), devrait aider à relancer le crédit sauf que… si la demande de crédits de la part des ménages et entreprises est absente faute de perspectives de confiance et de débouchés commerciaux et si la qualité des collatéraux demandés aux banques commerciales est trop élevée, alors cette mesure n’aura pas l’impact que son annonce suggère…

What’s Next ?

Au fil du temps et des annonces, la BCE doit être de plus en plus agressive pour marquer les « esprits animaux » des investisseurs et impacter l’économie réelle. En l’absence de réformes structurelles (marchés du travail, système de retraites,…), la crédibilité de la BCE et l’efficacité de ses mesures diminueront. Si l’on poursuit la tendance actuelle (les hypothèses de la BCE pour l’inflation en 2016 ont été révisées de 1 à 0,1% !), la BCE finira par octroyer directement des crédits aux agents économiques, court-circuitant le système bancaire et concentrant tout le risque économique européen sur son bilan ! Cette évolution non souhaitable doit être évitée par la mise en place d’une meilleure coordination budgétaire et fiscale européenne.

Alors que la Chancelière Merkel risque d’être fragilisée par les résultats des élections de 3 Landër aujourd’hui, la rationalité est de lui proposer une meilleure utilisation de l’excédent d’épargne de son pays. Soit en stimulant sa demande domestique (ce qui aidera indirectement également les exportations de ses partenaires européens), soit en finançant des programmes européens d’investissement. Pour obtenir gain de cause, encore faut-il que la France réactive son rôle dans le couple « franco-allemand ».

Politiquement et économiquement il faut sauver le soldat Merkel ! C’est l’intérêt d’une Europe ouverte et libérale (au sens politique du terme).

2/ Espaces maritimes et enjeux géopolitiques.

L’annonce d’exercices militaires en mer des Philippines la semaine dernière par les Etats-Unis, le Japon et l’Inde revêt un caractère géostratégique important. Il est en effet inédit que l’Inde se prête à ce type d’exercices, avec ces deux partenaires, en assumant consciemment l’insatisfaction que cela procurera à son voisin et rival chinois.
L’enjeu géopolitique est considérable: la mer des Philippines est proche de la mer de Chine méridionale. Cette dernière voit transiter 80% des ressources énergétiques de la Chine notamment à travers le détroit de Malacca. Les caractéristiques physiques de cette mer en font un espace géographique quasi fermé, avec des passages étroits vers l’Océan Pacifique et l’Océan Indien.

La puissance navale américaine, si elle le souhaitait, pourrait imposer un blocage militaire sur cette mer, manœuvre insupportable politiquement et économiquement pour la Chine !

En s’associant à ces exercices, l’Inde démontre sa volonté de "jouer dans la cour des grands », donne un gage de bonne volonté aux Etats-Unis (ceux-ci pouvant avoir la volonté de construire une alliance Turquie - Israël - Inde qui contre carre un possible rapprochement sino-russe dans la zone eurasiatique), et renforce sa proximité économique et politique avec le Japon (l’épargne et les expertises nippones se conjuguant harmonieusement avec les besoins indiens en infrastructures).

Couvrant les 3/4 du globe terrestre, les océans et mers ont été, sont et seront des espaces de rivalités géopolitiques et géoconomiques majeures.
La France possède le 2e ou 3e espace maritime maritime au monde: c’est un formidable atout insuffisamment exploité !

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