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Son Exc. M. Tomasz Orłowski: "La présidence tournante permet d'impliquer les citoyens d'un pays dans l'Union européenne"

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23 Décembre 2011

La présidence polonaise du Conseil de l'Union européenne se termine le 31 décembre 2011. L'ambassadeur de Pologne en France, son Excellence M. Tomasz Orłowski, a accordé un entretien exclusif au Cercle des Européens pour en faire le bilan.


Tomasz Orłowski poursuit des études en Pologne dans les domaines de l'Archéologie et des Beaux avant de passer un DEA en Sciences humaines en France à Poitiers. Après avoir été conservateur au Musée de l'Histoire de la ville de Łódź et donné des cours à la faculté de Wroclaw, il entre dans la carrière en 1990 en étant en poste à l'ambassade de Paris. Par la suite, il sera notamment directeur d'études à l'Ecole Nationale de l'Administration Publique à Varsovie et deviendra Ministre plénipotentiaire à l'ambassade de Rome pendant cinq ans (1996-2001). Il occupe le poste d'ambassadeur de Pologne en France depuis 2007.

Il est Officier de l'Ordre National du Mérite.


Cercle des Européens: Comment votre présidence a-t-elle géré le sommet européen de décembre proposant un nouveau traité européen ?

S.E.M. Tomasz Orłowski: Nous avons toujours tenu à ce que le cadre des Vingt-Sept soit tenu jusqu'au bout. Je crois pouvoir dire que nous avons remporté un succès. Il n'est pas total bien sûr car un des pays membres a décidé de se retirer de cette phase de coopération plus approfondie. Mais c'est le pays qui a décidé lui-même de se retirer. Il était invité à rester dans le cadre des Vingt-sept. Il a choisi temporairement, nous l'espérons, de s'éloigner de ce courant de la coopération approfondie qui est maintenant la nouvelle phase de l'intégration européenne.

En revanche, nous risquions qu'un groupe de pays décide que les autres ne soient pas agréés dans ce processus d'approffondissement. Il y a une grande différence avec la décision britannique. Là je crois qu'il s'agit d'un grand succès de la présidence polonaise.

C'était le maintien coûte que coûte de la méthode communautaire. Evidemment, dans la gestion de la crise, la coopération intergouvernementale permettait d'avancer, par nature, plus facilement. En revanche, notre soucis de ne pas afflaibir dans ce processus les institutions communautaires a donné des résultats qui nous semblent être favorables. La richesse de l'Europe vient de sa diversité. Son avenir est fait de la recherche de la synthèse. Elle n'est pas faite de la volonté d'un pays membre, quel qu'il soit. L'Europe n'est pas faite par l'idée qu'on va suivre le modèle proposé par un Etat-membre. Il s'agit d'une coopération où nous trouvons en commun les réponses les plus appropriées à la situation.

 

Cercle des Européens: Quel bilan tirez-vous du sommet pour un partenariat oriental ?

S.E.M. Tomasz Orłowski: Ce sommet n'a pas répondu à toutes nos attentes parce que nous espérions. Les pays couverts par le partenariat oriental (Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Azerbaïdjan, Géorgie, Arménie) n'ont pas encore la stabilité et la maturité politique que nous souhaiterions. Je crois qu'on peut avec beaucoup de justesse comparer le développement du partenariat oriental avec ce qu'il se passe pour l'Union pour la Méditerranée: après le lancement en 2008, les différentes coopérations suivent leur rythme. Ce ne sont pas toujours des coopérations très spectaculaires.

Dans le domaine extrêmement sensible (aussi bien pour nous que pour nos partenaires à l'Est) de la libéralisation des visas, nous ne pouvions pas ouvrir nos frontières sans avoir les garanties nécessaires. Nous avons tout de même rapproché nos points de vues: au lieu de parler d'un objectif commun à long terme, nous préparons le terrain afin que la décision soit un jour prise. C'est un changement d'optique: plutôt qu'un objectif lointain, nous parlons des moyens pour réaliser cet objectif que nous visons désormais.

 

Cercle des Européens: Pourquoi était-ce si important de demander des garanties sur les droits de l'Homme à ce somment, notamment vis-à-vis de la Biélorussie de Loukachenko ?

S.E.M. Tomasz Orłowski: La protection des droits de l'Homme fait partie de notre code génétique. L'Europe s'est faite sur la protection de ces droits. Son élargissement s'est réalisé grâce à la lutte pour la dignité humaine et au respect des droits de l'Homme. Ceci nous distingue peut-être d'autres grands acteurs mondiaux. Pour nous, il s'agit de la question des valeurs principes que nous ne discutons pas. Si nous voulons garder la spécificité de la construction européenne, nous ne pouvons pas changer notre attitude sur ce sujet. Dans ces jours suivant la disparition de Vaclav Havel, c'est exactement un des legs de gens comme lui dont nous sommes héritiers et nous n'avons pas le droit de baisser la garde.

En même temps, nous savons que l'évolution de nos voisins n'est pas linéaire comme nous le voyons avec nos amis d'Afrique du Nord. Nous devons à la fois être cohérents dans notre vision des droits de l'homme et en même temps nous devons être davantage patients et non pas donneurs de leçons. Nous devons toujours être prêts à répondre aux aspirations des peuples comme c'est le cas en Biélorussie au lieu de couper court. Il faut être prêt à les aider le temps et le moment venu.

 

Cercle des Européens: Les négociations pour ouvrir Schengen à la Bulgarie et la Roumanie ont été particulièrement dures...

S.E.M. Tomasz Orłowski: La crise est associée à plusieurs phénomènes propres à la montée des populismes dans certains pays. Certains pays vivent dans la difficulté d'intégrer des minorités venues d'une immigration à caractère économique et qui font qu'aujourd'hui un certain modèle européen se voit peut-être en danger. Le sentiment d'ouverture qui a toujours caractérisé les Européens est aujourd'hui de plus en plus contre-carrer par la volonté de s'enfermer. Nos gouvernements doivent trouver dans chacun de nos pays des façons de dissiper les peurs venant de l'extérieur et donnant l'impression que les étrangers représentent un risque.

C'est un travail qui ne se fait pas en six mois de présidence. Nous avons essayé durant dette période plusieurs approches. Nous avons essayé de faire baisser les craintes aussi bien par les visites de nos émissaires dans les capitales les plus réservées que par le travail à Bruxelles au sein du Conseil et du Coreper. Dans ce but, nous avons proposé de passer à une ouverture de l'espace Schegen en plusieurs étapes à la Bulgarie et à la Roumanie. On pouvait d'abord ouvrir les communications par la voie aérienne séparant la question du passage par voie terrestre. C'était une façon de limiter ce sentiment d'un choc possible. Nous avons beaucoup rapproché ces deux pays de leur entrée dans l'espace Schenge mais cela n'a pas pu être décidé définitivement dans le temps très court de notre présidence.

 

Cercle des Européens: La présidence tournante est-elle devenue moins importante du fait de l'institutionalisation du Conseil européen et de son président avec le traité de Lisbonne ?

S.E.M. Tomasz Orłowski: La présidence tournante a toujours un rôle important. C'est aussi l'expression du lien existant entre chaque pays particuliers, chaque Etat-membre et l'Union européenne en tant qu'entité. Notre expérience nous montre que cela donne à notre population le sentiment d'être davantage impliqué dans l'Europe. Quand vous voyez vos ministres présidant les travaux de l'Union, vous réalisez tout de suite l'importance de votre pays au sein de l'Europe. Ceci concerne chacun de nous, l'importance est donc égale.

Ensuite, pour le déficit démocratique dont nous nous plaignons depuis au moins vingt ans, je pense que la présidence tournante est une très bonne réponse, ce qu'on a trop oublié. Les gens réalisent mieux ce qu'est l'Europe si elle passe par leur ministre, les personnalités que les gens connaissent davantage.

 

Cercle des Européens: Quel rôle avez-vous joué dans cette présidence en tant qu'ambassadeur à Paris ?

S.E.M. Tomasz Orłowski: Le rôle est différent suivant qu'on est ambassadeur dans un pays membre ou dans un pays tiers. Dans le premier cas, c'est moins visible car nous sommes de la même famille. Le rôle de l'ambassadeur est alors indispensable pour avoir une réponse rapide de ce pays. Quand on cherche à avoir l'unanimité pour certaines décisions ou avoir le soutien de ce pays pour une prise de position de la présidence, il faut passer par des canaux bilatéraux.

Par exemple: on a beaucoup travaillé en bilatéral avec la France qui a soutenu notre approche dans les négociations pour essayer de convaincre d'autres pays de l'Union quant à l'ouverture de l'espace Schegen à la Bulgarie et à la Roumanie. C'était très important car la France est très touchée par l'immigration ces derniers temps du fait de l'immigration arabe, avec le discours du président et de certains membres du gouvernement pour une meilleure gouvernance dans Schengen.

 

Cercle des Européens: Quel bilan tirez-vous de votre présidence du Conseil de l'Union européenne ?

S.E.M. Tomasz Orłowski: Le bilan est pour nous amplement positif. D'autant plus que durant cette période de six mois, nous avons aussi passé des élections législatives et sénatoriales. Les électeurs ont reconduit la coalition libérale au pouvoir en Pologne. Cela a encore davantage renforcé notre gouvernement dans la gestion de la présidence. Il jouissait du soutien du peuple dans sa ligne politique ouvertement pro-européenne. Le gouvernement pouvait donc se sentir encore plus légitime dans la gestion des affaires européennes. Pour un ambassadeur, c'est une grande satisfaction.

Notre travail concerne aussi beaucoup les questions d'organisation. Le fait d'avoir si bien réussi sur le plan d'organisation technique et logistique aussi bien à Bruxelles, en Pologne et à Paris, nous rend encore plus content du travail fait. Notre approche de la présidence a été d'être utile et de vous montrer l'optimisme. Cet optimisme est d'abord indispensable à l'Europe et il est contagieux, ce qui veut dire que nous espérons qu'avec notre optimisme, nous avons fait des émules.

 

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