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S.E.Mme Ursula Plassnik - Ambassadeur d'Autriche: Avec l'Europe, le travail d'Ambassadeur a beaucoup changé

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13 novembre 2012

L'Ambassadeur d'Autriche en France, S.E.Mme Ursula Plassnik, a répondu aux questions du Cercle des Européens sur différents sujets: la crise de l'Europe, le travail d'Ambassadeur, le Service Européen d'Action Extérieure...


S. E. Madame l’Ambassadeur Ursula Plassnik a étudié le droit à l’Université de Vienne (Dr.iur) puis a suivi un troisième cycle en droit européen au Collège d’Europe à Bruges (Belgique). Entrée en 1980 dans la diplomatie autrichienne, elle dispose d’une vaste expérience au sein de représentations et de délégations multilatérales (CSCE/ Processus d’Helsinki, Conseil de l’Europe, AELE, UE, ONU) et au sein du Bureau du Droit international du Ministère fédéral des Affaires étrangères. De 1997 à 2004, elle occupe le poste de Chef de Cabinet de Monsieur Wolfgang Schüssel (ÖVP/ Parti populaire autrichien), alors Ministre fédéral des Affaires étrangères et Vice-chancelier puis Chancelier fédéral. En 2004, elle est nommée Ambassadeur d’Autriche en Suisse. En octobre 2004, elle prête serment en tant que Ministre fédéral des Affaires étrangères du gouvernement Schüssel. Durant la Présidence autrichienne du Conseil de l’Union Européenne en 2006, elle dirige le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE. Elle reste également aux affaires étrangères au sein du gouvernement Gusenbauer en qualité de Ministre fédéral des Affaires européennes et internationales jusqu’à décembre 2008. De décembre 2008 à fin août 2011, Madame Ursula Plassnik est Député au parlement autrichien et Chargé de mission pour les questions internationales des femmes au Ministère fédéral des Affaires européennes et internationales.


La crise de la zone euro

Cercle des Européens: Comment est perçue la crise de la zone euro en Autriche ?

S.E.Mme Plassnik: Pour l'Autriche, au début c'était perçu par une partie de la population comme une crise de certains pays. Entre temps, cela a changé. On a appris (grâce à tout un processus d'éducation si vous voulez) à prendre en compte que c'est en fait une crise qui nous lie et nous affecte directement sur le plan économique. Par exemple : comment créer plus de croissance, comment améliorer notre compétitivité ? La crise de la dette souveraine est aussi par certains aspects une question de solidarité européenne. Et au-delà des soucis actuels une crise de confiance politique et d'identité de l'Union européenne. Nous sommes en train de définir pas par pas l'identité future de l'Union européenne.

 

Cercle des Européens: La population autrichienne est-elle touchée directement par la crise ?

S.E.Mme Plassnik: Dans la vie quotidienne, l'Autriche sur le plan économique s'en tire pas trop mal de cette crise. Évidemment, il y a des restrictions, on le voit sur le budget et la nécessité de serrer les vis dans nos finances sociales et publiques. Le gouvernement a agi et a proposé (ce qui a été accepté par le Parlement) un programme d'austérité avec des économies importantes. Mais les données de base de l'économie autrichienne sont encore très positives en comparaison de celles de nos partenaires à l'intérieur de l'UE. Notamment pour l'emploi des jeunes où nous sommes en deuxième position dans l'UE. En ce qui concerne les chiffres globaux pour l'emploi, l’Autriche est numéro un avec un taux de chômage de 4,5%. Certains pays considèrent qu'il s'agit d'un modèle autrichien qui tient d'ailleurs à notre tradition politique et économique, notamment en ce qui concerne le dialogue avec les partenaires sociaux.

 

Cercle des Européens: L'Euro est-elle une monnaie contestée dans votre pays avec la crise ?

S.E.Mme Plassnik: Ça a évolué dans le temps. Au début, les Autrichiens comme beaucoup d’autres avaient du mal à s'habituer à cette monnaie unique, à l'idée-même d'abandonner le Schilling qui était devenu, un peu comme le Deutsch Mark, un symbole de stabilité, peut-être aussi identitaire dans une certaine mesure.

Avec le temps, les Autrichiens, qui sont entourés de beaucoup de voisins, ont compris les avantages et ont su en tirer le maximum. Il y a toujours des courants populistes qui remettent en question tout le système européen, y inclus l'Euro. Mais dans les sondages actuels, le sentiment de base de la population est positif vis-à-vis de l'Euro. On a compris qu'il y a des avantages pour un pays de la taille et de la culture de l'Autriche. Ceci fait que l'attitude générale dans la population reste positive.

 

Cercle des Européens: L'omniprésence du couple franco-allemand dans cette crise est-elle facile à gérer ?

S.E.Mme Plassnik: Le couple franco-allemand est un fait et une bonne chose en temps de gestion de crise. Quand il y a le feu à la maison, quand le temps presse, la démocratie doit être exercée d’une manière adaptée sur le plan de la vitesse aux circonstances, elle doit accélerer. Mais il en peut pas résulter une espèce de directoire franco-allemand. Nous les PME (petits et moyens Etats) sommes la majorité en Europe, et avons horreur de cette idée. La meilleure manière d'exprimer l’identité européenne est que les pays de toutes tailles travaillent ensemble sur des projets communs. Ce n'est pas la taille qui décide si un pays est plutôt souverainiste ou intégrationniste. Il suffit de regarder la Grande-Bretagne et l'Allemagne pour voir la différence d'approche. C'est la même chose pour les PME. La construction européenne est de sorte que les intérêts de tous les pays sont pris non seulement en considération mais que leur volonté conjointe soit aussi traduite à travers les institutions supranationales dans la gestion et le développement de l'Union européenne.

 

Le travail d'Ambassadeur

Cercle des Européens: En quoi consiste votre travail d'Ambassadeur ?

PlassnikS.E.Mme Plassnik: Avec l'Europe, cela a beaucoup changé. C'est un changement sur lequel nous n’avons pas assez communiqué. Nous nous en sommes aperçus très tard. Aujourd’hui, notre travail à Paris, consiste à 80% des questions européennes. C'est le grand chantier actuel. Il y a un vif intérêt à Vienne de connaître les positons françaises - et de les connaître le plus tôt possible. Et vice-versa pour les Français. A longueur de la journée, nous recevons des demandes du côté de Vienne ou de la France. Et pas seulement du côté du Quai d'Orsay mais des différents ministères ici sur des positions très spécifiques, parfois même très techniques de l'intégration européenne. Les affaires juridiques, les questions de sécurité transfrontalières, l’avenir de l’euro, les OGM, l’agriculture.

D'un autre côté, nous faisons tous des efforts pour se faire remarquer individuellement d'une manière positive. C'est un vrai défi pour les PME d'attirer l'attention sur les aspects intéressants que nous pouvons apporter à cette grande œuvre européenne. La France et l'Autriche, en ce qui concerne l'UE, ont beaucoup d’intérêts communs. Par exemple, la taxe sur les transactions financières, le gouvernement autrichien pose aussi une demande de coopération renforcée sur le sujet avec l'Allemagne et la France. Mais nous continuons aussi à faire le travail diplomatique plus traditionnel, souvent orienté vers la coopération culturelle, commerciale et économique des entreprises. Peu de gens savent, par exemple, que le nouveau toit de la nouvelle construction pour les Arts de l'Islam au Musée du Louvre, a été réalisé par une entreprise autrichienne, Waagner-Biro. C’est elle qui a construit ce « tapis volant » formidable devenu un peu l'image emblématique de cette nouvelle composante du musée du Louvre. J'aurais prochainement dans l'Ambassade une réception en l'honneur de Michael Haneke. Un pays aussi cinéphile que la France reconnait tout de suite ce cinéaste autrichien. Ce n'est pas pour rien qu'il vient de remporter sa deuxième Palme d'or à Cannes.

 

Cercle des Européens: Vous êtes une ancienne Ministre des Affaires étrangères. Percevez-vous les choses différemment maintenant que vous êtes Ambassadeur ?

S.E.Mme Plassnik: Il faut dire que cela fait 31 ans que je suis au Ministère des Affaires étrangères. C'est mon travail de base si vous voulez. Pour moi, le changement n'est pas énorme. Peut-être, je peux mieux que quelqu'un d'autre élargir la compréhension de mes jeunes collaborateurs des mécanismes de la politique intérieure, européenne et étrangère. Les trois formats sont liés inextricablement. Si on a fait comme moi l'expérience de "l'intérieur de la cuisine", cela facilite la compréhension de l'ensemble. C'est aussi d'une certaine manière la « plus-value » pour le ministère des Affaires étrangères et le gouvernement fédéral d'avoir un ancien de ses membres qui est diplomate dans un poste important comme Paris.

 

Service Européen pour l'Action Extérieure

Cercle des Européens: Comment jugez-vous la mise en place du Service Européen pour l'Action Extérieure ?

S.E.Mme Plassnik: Je suis très favorable à ce nouveau service. Evidemment, c'est un service jeune, il doit encore pousser et cela mettra du temps. Cela ne sera jamais la même chose qu'un ministère des Affaires européennes et étrangères d'un pays membre. Il ne faut pas avoir d'illusions et faire d'erreur là-dessus. Mais il y aura de plus en plus de sujets spécifiques où une distribution du travail se fera. Cela se pratiquait d’ailleurs même avant Mme Catherine Ashton quand M. Javier Solana était le Haut Représentant de la politique étrangère de l'Union.

Le SEAE est un acte de volonté politique. La détermination de passer à l'action de manière commune sur des sujets bien précis. Je vous donne un exemple : les relations avec l'Iran sont une question de sécurité globale et pas seulement européenne. C'est devenu impossible pour un pays d'essayer de gérer ce sujet à la fois important et délicat. Javier Solana et maintenant son successeur Catherine Ashton ont négocié avec les Iraniens au nom de l'UE tout entière. Il y avait même un moment où Solana parlait pour toute la communauté internationale, y inclus la Fédération de Russie et les Etats-Unis. C'est sans précédant dans l’histoire diplomatique et pourrait s’avérer une piste pour l'avenir.

L’action commune pour l'action extérieure ne se fera pas en un seul coup, cela va se développer. Mais nous aurons de plus en plus ce que j'appelle une « masse critique » dans la substance de certains sujets qui nous permettra d'agir conjointement, d'exercer aussi notre poids dans le monde. L'Union européenne ne se retrouve pas seule sur la planète bleue mais elle est en compétition, en relation, en coopération avec le reste du monde. C'est pour ça qu'on développe ce service et qu'on a créé cette fonction.

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