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S.E.Mme S. Pavļuta-Deslandes - Ambassadeur de la Lettonie: "Une crise moins dure si nous avions été dans l'euro"

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13 avril 2012

L'ambassadeur de la Lettonie en France, S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes, a répondu aux questions du Cercle des Européens sur différents sujets: la crise de l'Europe, le rapport à l'Europe dans la population, le Service Européens d'Action Extérieure...


S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes a suivi une partie de ses études en France à l'Université de Provence en Histoire de l'Art (1993-1994) et à l'Institut d’Etudes Politiques de Paris, Section Relations Internationales, Europe communautaire (1996-1998). Elle est également titulaire Bachelor of Fine Arts, Relations interculturelles de l'Académie de Culture en Lettonie.

Mme Pavļuta-Deslandes a toujours réussi à marier aux travers de ses différents postes la Carrière avec les Affaires européennes, notamment lorsqu'elle a été Conseiller aux affaires européennes auprès du Premier Ministre letton (2005-2007). Après avoir eu la charge du poste d'Ambassadeur aux Pays-Bas et de Représentante Permanente auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimique (OIAC) (2008- 2010), elle rejoint la capitale française. Elle avait quitté Paris en 1998 alors qu'elle occupait un poste au service économie de l'ambassade. Elle est aujourd'hui Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République de Lettonie en France et délégué permanent de Lettonie auprès de l’UNESCO.


Cercle des Européens: Comment la Lettonie suit-elle les négociations sur le renforcement de la gouvernance au sein de la zone euro ?

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: Pour la Lettonie qui n'est pas encore membre de la zone euro, il est très important de suivre ce qu'il se passe. Nous avons le but d'adhérer à l'euro le plus rapidement possible. Actuellement, nous comptons remplir cet objectif pour 2014. Il est important que cette zone, et l'Union européenne en général, soit forte, compétitive et que les décisions s'y prennent de manière efficace. Ainsi l'Europe sortira renforcée à l'issue de cette crise.

 

Cercle des Européens: Durant cette crise de la zone euro, le Conseil européen s'est affirmé face à la Commission européenne...

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: Chaque institution a son rôle à jouer dans l'Union européenne. Il est clair que dans une telle situation, la Commission européenne peut prendre certaines initiatives mais certaines choses ne peuvent être décidées que par les gouvernements nationaux. Il nous importe que tous les Etats membres soient bien associés à la prise de décision, mais en même temps nous sommes soucieux de préserver l'équilibre entre les institutions européennes et surtout de respecter les compétences de chacun. Cela peut paraître raisonnable qu'il y ait des consultations préalables sans l'ensemble des Etats membres dans certaines situations tant qu'au moment de la prise de décisions nous soyons bien tous là et que nous soyons bien écoutés.

 

Cercle des Européens: L'euro est-il toujours perçu comme quelque chose de positif en Lettonie ?

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: Il y a effectivement un sentiment un peu nostalgique chez les Lettons. Comme dans tous les Etats membres qui ont changé leur monnaie nationale pour l'euro. En même temps, la crise nous a bien montré qu'un pays qui n'est pas une puissance mondiale ne peut pas résister seul à ce genre d'évènements. La monnaie nationale de Lettonie est rattachée à l'euro depuis plusieurs années. Donc nous sommes de ce point de vue déjà dans l'euro puisque notre liberté monétaire n'existe presque pas. Mais nous n'avons pas tous les avantages de l'euro en n'étant pas à la table des négociations. Notre politique économique est claire: adhérer à la zone euro le plus rapidement possible.

Il est possible que la crise en Letonnie aurait été moins grave si nous avions été dans l'union monétaire. Nous avons été touchés par la crise très sévèrement et plus tôt que les autres pays de l'Union européenne. Le gouvernement a du prendre des mesures très courageuses car nous avions perdu près de 20% du PIB. Mais nous sommes en train de remonter la pente avec un retour de la croissance depuis dix-huit mois. Notre déficit est déjà passé en-desous des critères de Maastricht.

 

Cercle des Européens: Une manifestation d'anciens combattants des Waffen SS a eu lieu en mars en Lettonie. Comment se positionne votre gouvernement sur ce sujet ?

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: La questions des Waffen SS est complexe dans l'histoire de la Lettonie. Il faut savoir que ce n'étaient pas des gens volontaires pour aller dans la légion mais qui ont été entrolés de force dans un pays occupé. Ces gens-là étaient persuadés qu'il s'agissait là d'un moyen de combattre l'armée soviétique occupant le pays avant l'arrivée des Allemands. Au mois de mars, une réunion des anciens comabattants commémore leurs camarades tombés au front. Ce n'est pas une manifestation politique malgré la tentative de certains de présenter cela comme la glorification du nazisme, ce qui est faux. La Lettonie en tant que pays démocratique autorise tout type de rassemblement sans contrôle idéologique, tant que cela ne menace pas l'ordre public.

 

Cercle des Européens: Comment se porte l'idée européenne dans votre pays ?

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: L'idée eurpoéenne en Lettonie est une questions controversée. Nous n'avons pas d'autres choix que d'être tous ensemble car séparément nous ne sommes pas assez forts. Mais un petit ressentiment existe toujours car nous perdons une partie de notre souverainteté nationale. Les décisions sont prises "à Bruxelles" et les gens oublient qu'elles ont été prises en commun par tous les gouvernements et qu'il n'y a pas de décision européenne imposée aux peuples. Ce ne sont pas les autres qui prennent les décisions pour nous.

 

Cercle des Européens: Comment assurez-vous la promotion des intérêts lettons en France ?

l'ambassadeur de LettonieS.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: Elle se fait à tous les niveaux. Bien sûr, il y a des actions au niveau politique mais cela ne touche pas le grand public. Le domaine culturel est celui par lequel cela passe le mieux grâce à des artistes lettons de grande qualité en France. Riga sera capitale européenne de la culture en 2014 aussi.

Nous découvrons régulièrement des associations ou des personnes passionnées par la Lettonie. Ils organisent des échanges entre élèves ou des manifestations culturelles. L'année dernière, nous avons ainsi fêté les 20 ans de plusieurs jumelages entre villes françaises et lettones.

 

Cercle des Européens: Y a-t-il une spécificité dans la relation franco-lettonne ?

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: Ce qui est particulier, c'est qu'en 1921 à Paris les Alliés ont reconnu l'indépendance de la Lettonie et des Pays Baltes. Aristide Briand a donc joué un rôle particulier. Les relations entre la France et la Lettonie pourrait être plus importantes mais mon pays n'est pas très bien connu en France. Il y a un certain nombre de clichés... ainsi quand on rencontre une personne celle-ci se sent obligée de dire qu'elle connait notre pays en citant les trois capitales des différents Etats Baltes. Il est important pour nous d'expliquer aux Français que la Lettonie est bien un pays européen malgré l'Histoire du XXe siècle. C'est un pays ancien avec une forte culture qui vaut la peine d'être visité.

 

Cercle des Européens: Comment jugez-vous le Service Européen d'Action Extérieure après un an de mise en place ?

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: C'est une création récente. On ne peut pas attendre des résultats spectaculaires. Pour l'Europe, il est important que nous ayons un tel service. Nous devons travailler main dans la main entre services diplomatiques nationaux et européen. La prinicpale valeur ajoutée de ce service concerne la coopération consulaire. Pour un pays comme la France avec des Ambassades dans le monde entier, cela peut paraître moins important. Mais pour l'Europe en tant qu'entité, cela démontre à ses citoyens qu'ils trouveront une assistance à l'extérieure du continent même s'ils n'ont pas d'ambassade nationale sur place.

 

Cercle des Européens: Peut-on rêver un jour d'une diplomatie européenne remplaçant les diplomaties nationales ?

S.E.Mme Sanita Pavļuta-Deslandes: A long terme, ce n'est pas à exclure mais cela demande un niveau de fédéralisme beaucoup plus fort. Ce n'est pas une question d'années mais de décennies pour que cela puisse réellement arriver.

 

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