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S.E.M. Marios Lyssiotis, Ambassadeur de Chypre: "L'occupation d'une partie de Chypre est une tragédie pour sa population"

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31 mai 2012

L'Ambassadeur de Chypre en France, S.E.M. Marios Lyssiotis, a répondu aux questions du Cercle des Européens sur différents sujets: la crise de l'Europe, l'occupation du nord de l'île, les relations avec la France, le Service Européen d'Action Extérieure...


Marios Lyssiotis a réalisé une partie de ses études en France à Grenoble où il passe une licence de philosophie et un D.E.A. Etudes Politiques en 1984. Il commence alors une carrière d'enseignant avant d'entrer au ministère des Affaires étrangères chypriote en 1991. Il poursuivra tout le reste de son parcours professionel dans la carrière, que cela soit dans des ambassades ou auprès du Président de la République. En 2004, il devient le représentant permanent de Chypre au Conseil de l'Europe. En 2006, il retourne auprès de la présidence avant de devenir en 2008 Ambassadeur de la République de Chypre en Autriche, Représentant Permanent auprès des Organisations des Nations Unies à Vienne, Représentant Permanent auprès de l’ OSCE.

Il prend son poste à Paris en 2011.

Décorations : Grande Médaille du mérite de la République d’Autriche

Langues : Grec, Français, Anglais


La crise de la zone euro

Cercle des Européens: Les liens entre Chypre et Grèce sont très forts. Est-ce que la crise est d'autant plus forte dans votre pays ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Oui, Chypre est très liée à la Grèce... comme elle est très liée à l'Europe. Cela a commencé comme une crise mondiale qui s'est accentuée en crise européenne. Chypre est touchée par la crise du point de vue bancaire du fait de l'achat de la dette grecque. Le cas de chypre est typique des autres pays européens. Nous avons été touchés et nous avons pris des mesures, il n'y a pas de recettes magiques. Nous croyons que nous allons dans la bonne direction. Chypre est un pays qui a beaucoup misé sur son intégration européenne. On voit notre participation à la zone euro comme une avancée dans la construction européenne.

 

Cercle des Européens: Être dans l'Euro est-ce toujours un avantage ?

photographie de l'Ambassadeur de Chypre en FranceS.E.M. Marios Lyssiotis: Si on avait la livre chypriote, une monnaie assez puissante, nous aurions plus de moyens du point de vue des politiques monétaires... mais est-ce qu'un pays comme le notre aurait pu faire face à une crise de telle ampleur ? C'est une donnée de notre économie. On se sent beaucoup mieux entre partenaires européens car on sait qu'on peut affronter les difficultés en commun dans un cadre de solidarité. On se sent plus en sécurité que être confronté seul à tous ces défis qui nous dépassent.

 

Cercle des Européens: L'intergouvernementalisme a pris le pas sur la méthode communautaire dans cette crise...

S.E.M. Marios Lyssiotis: On doit conserver la méthode communautaire. En même temps, des choses qui nous sont chères ne peuvent être préservées que par le biais de la méthode intergouvernementale. L'Europe bouge au moyen des compromis. Je me souviens que dans les années 80 on discutait déjà sur méthode communautaire ou méthode intergouvernementale, approfondissement ou élargissement...

 

Cercle des Européens: Avez-vous une action sur les échanges économiques entre votre pays et la France ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: On voudrait que les entreprises françaises soient plus présentes à Chypre. Pour cela, nous créons un environnement plus favorable avec une école française à Chypre. Nous aidons aussi nos entrepreneurs à investir et exporter en France. Nous jouons le rôle d'intermédiaire en informant sur les besoins du marché et pour avoir des contacts. Il y a d'autres perspectives, par exemple nous avons des prospections de gaz naturels en plein développement. Les premières données sont très encourageantes.

 

L'occupation de Chypre

Cercle des Européens: Comment vivez-vous le fait d'avoir une partie de votre territoire occupé ?

carte de ChypreS.E.M. Marios Lyssiotis: Chypre et sa population vit la division et l'occupation d'une manière tragique. Car c'est de ça qu'il s'agit. Une grande partie de notre population a été chassée de son domicile. C'est un tiers de notre population qui vivait dans la partie nord aujourd'hui occupée. Il y a toute une série de questions humanitaires non réglées de personnes disparues dont on ne connait toujours pas le sort. D'autres questions sont aussi posées comme la destruction de notre patrimoine culturel qui n'est pas seulement chypriote mais européen.

 

Cercle des Européens: Comment incarner pour les autres Européens la situation que vous vivez ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: Ce qui montre d'une manière très aiguë la tragédie et l'absurdité de la situation, c'est la ville de Famagouste, une des villes les plus dynamiques. En 1974, cette ville représentait presque de 70% du potentiel touristique de Chypre. Tous les hôtels étaient là, avaient les meilleurs plages de la région. Cette ville, quand ses habitants ont été chassés par le bruit de la guerre et l'invasion, est restée une ville fantôme. Elle est à quelques km de la ligne de démarcation, on peut la voir avec ses fenêtres qui pendent, ses hôtels qui sont semi-détruits sur la plage... Ceci au XXIe siècle en Europe, du fait des conséquences de l'action d'un pays qui veut devenir membre de l'Union européenne. Il faut absolument dépasser cela, il y a eu une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies demandant à ce que la ville de Famagouste soit rendue à ses habitants à plusieurs reprises. On a discuté, on a même proposé des moyens pour faire de cette ouverture un moyen permettant aussi aux deux communautés de coopérer. D'avoir un avantage autant pour les Chypriotes turcs que les Chypriotes grecs. Cela n'a pas fonctionné.

 

Cercle des Européens: Pensez-vous que nous pourrons avoir un jour une diplomatie européenne remplaçant les diplomaties nationales à l'extérieure de l'Union européenne ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: La politique étrangère est la quintessence de la souveraineté des Etats. Je ne vois pas à moyen terme ou à court terme que cela puisse (peut-être suis je pessimiste) se produire. Cela crée un grand nombre de problèmes. Je me vois avec difficultés expliquer aux citoyens de nos pays qui ressentent déjà une distance entre eux et Bruxelles comment faire une avancée dans ce domaine là. Il faut essayer, nous allons le faire. Les choses ne sont pas statiques en Europe.

 

Cercle des Européens: Comment vous sentez-vous à quelques mois de la présidence chypriote du Conseil de l'Union européenne ?

S.E.M. Marios Lyssiotis: On se sent très optimistes dans cette aventure que nous allons entreprendre avec nos modestes moyens mais aussi beaucoup de bonnes volontés et d'optimisme. Nous ressentons une certaine fierté. Il faut voir que c'est pour nous un grand défi. 

 

  • Présentation de Chypre sur Touteleurope.eu: cliquez ici
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