Twitter du Cercle

Renaud Donnedieu de Vabres: 1957 – 2017 : 60 ans d'Europe

Version pour imprimerPDF version

26 janvier 2017

Le 25 mars 1957, l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signaient à Rome deux traités : la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA ou Euratom). Cette année, l'Europe fête les 60 ans de la signature de ces Traités fondateurs. A cette occasion, le Cercle des Européens publie une série d'interviews d'anciens Ministres des Affaires européennes. Ils ont été des acteurs de terrain de la construction européenne dont l'expérience est en effet irremplaçable. Renaud Donnedieu de Vabres a été Ministre délégué aux Affaires européennes dans le Gouvernement de jean Pierre Raffarin en 2002. Il a accepté de répondre à nos questions.



Que vous inspire l'anniversaire de la signature du Traité de Rome ?
La signature des traités de Rome en 1957 a été un évènement retentissant : c'était l'espoir d'avancer ensemble, la possibilité de réaliser un grand projet de réconciliation après des décennies de guerre, et aussi l'opportunité de créer quelque chose de nouveau : un système politique, économique, culturel totalement inédit à l'échelle du monde. C'était une nouvelle renaissance du vieux continent ! Et les avancées, les progrès ont été nombreux. Cet anniversaire que nous célébrerons en mars prochain devrait pour cette raison être l'occasion d'une fête, d'une fierté partagée, d'un sursaut d'orgueil et de solidarité. Je regrette aujourd'hui le manque d'initiative, le manque d'idées neuves tant au niveau national que communautaire. C'était l'occasion rêvée de redonner de l'énergie, de l'optimisme, un autre horizon à l'idéal européen. Malheureusement, ces Traités sont à présent davantage perçus comme une fatalité que comme l’éclaircie du moment de la signature.

Quelles sont pour vous les deux plus grandes réalisations de l'Europe tant d'un point de vue politique qu'économique?
Une grande avancée, concrète, de l'Union européenne a été de mettre en relation les citoyens entre eux. Aujourd'hui, tout le monde semble la dénoncer mais la libre circulation des personnes est une réalisation formidable ! Cela n'allait pas de soi et aujourd'hui encore cela ne va pas de soi dans nombre de régions du monde. Cette libre circulation des personnes a servi de prémisses à beaucoup d'autres réussites, comme le programme Erasmus pour les étudiants : pouvoir se rendre aussi facilement dans d'autres pays, découvrir les autres citoyens, leurs points communs et leurs spécificités est une richesse inestimable que la construction européenne a su exploiter.
L'autre grande réalisation serait à mon avis le lancement de programmes d'innovation industriels et scientifiques : l'agence spatiale européenne par exemple est un succès dont nous pouvons nous enorgueillir. Ce sont ces programmes qui montrent que l'Europe est ambitieuse, que l'Europe sait encore faire rêver et qu'elle peut être à la pointe de la recherche et de la technique.

Quel est votre plus beau souvenir comme ministre des Affaires européennes ?
Le plus beau souvenir européen que je garde a été d'avoir imaginé et lancé le label européen du patrimoine lorsque j'étais ministre de la Culture et de la Communication, juste après avoir été ministre des Affaires européennes. C’était dans le cadre d’une rencontre intitulée Rencontre pour l’Europe de la Culture. Nous avions réuni à la Comédie française le président de la Commission européenne, le président du Conseil européen et de nombreux représentants de chaque Etat membre. C’était la première fois que des responsables européens se réunissaient et débattaient autour de questions culturelles. Artistes, intellectuels, élus des 25 pays qui composaient à l'époque l'Union européenne, se sont retrouvés pour débattre, partager leurs expériences et réfléchir ensemble à l'avenir culturel européen. La culture est à la fois notre point commun mais aussi nos diversités : elle est l'essence du projet européen et c'est elle que l'on devrait mettre en avant pour redynamiser la construction européenne et le rassemblement de ses citoyens. L'Europe commence par la culture !

Que peut-on souhaiter à l'Europe et donc à nous Européens pour 2017?
Le vœu que nous pouvons formuler en ce début d’année 2017, à la veille du soixantième anniversaire de la signature des Traités de Rome, est que l’Europe s’affirme comme un modèle de civilisation humaniste, politique et démocratique. Face aux blocs mondiaux, aux grandes puissances, l’Europe doit apparaître comme un espace particulièrement harmonieux. C’était l’ambition des traités. D’un point de vue économique, politique, social, des relations internationales, environnemental, éducatif, technologique l’Europe doit pouvoir proposer une direction singulière et affirmer une voix propre. La richesse de l’espace européen, ses régions, son patrimoine, ses cultures doivent servir de socle à partir duquel ériger l’étendard de nos valeurs humanistes dans le monde.
 

Propos recueillis par Julien Miro

www.troisfourmis.com