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Michel Barnier: 1957 – 2017 : 60 ans d'Europe

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02 mai 2017

Le 25 mars 1957, l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signaient à Rome deux traités : la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA ou Euratom). Cette année, l'Europe fête les 60 ans de la signature de ces Traités fondateurs. A cette occasion, le Cercle des Européens publie une série d'interviews d'anciens Ministres des Affaires européennes. Ils ont été des acteurs de terrain de la construction européenne dont l'expérience est en effet irremplaçable. Michel Barnier a été notamment Ministre des Affaires européenens (1995-1997), Commissaire européen à la Politique régionale (1999-2004), Commissaire européen au marché intérieur et aux services (2010-2014) et est aujourd'hui, à la suite du référendum britannique sur l'appartenance à l'Union européenne, négociateur en chef de l'Union européenne sur ce dossier. Il répond à nos questions.



Que vous inspire l'anniversaire de la signature du Traité de Rome?

Cette année de l'anniversaire du traité de Rome ne doit pas et ne peut pas être nostalgique ni mélancolique ! Dans les circonstances graves où nous sommes, il n'y a pas de place pour la nostalgie. Des souvenirs oui ! Des leçons aussi !

Et parmi ces souvenirs, il y a celui de vrais hommes d'Etat, Schuman, De Gaulle, Adenauer et d'autres encore qui n'ont pas voulu "sacrifier l'avenir au présent" selon le mot de Pierre Mendes-France. Ces hommes d'Etat ont compris dès 1950 qu'il valait mieux être solidaire que solitaire. Cette exigence est encore plus forte dans le monde globalisé où nous sommes maintenant.

Cet anniversaire malgré les crises et les secousses doit être l'occasion d'un nouveau volontarisme.

Quelles sont pour vous les deux plus grandes réalisations de l'Europe tant d'un point de vue politique qu'économique?

Evidemment sous l'impulsion de Jacques DELORS la création de la monnaie unique dont le principe a été approuvé par le peuple français par referendum.

Elle a redonné aux européens une souveraineté monétaire qu'ils n'avaient plus avec leurs seules monnaies nationales.

Elle a empêché les dévaluations les uns contre les autres à l'intérieur du même marché. Elle a permis d'être un acteur global et d'être respecté par les autres grandes puissances. Comme l'a dit Angela MERKEL "la monnaie unique est bien davantage qu'une monnaie".

Et puis en 2004, la réunification du continent européen après tant d'années de dictature et de fermeture pour les peuples d'Europe centrale, orientale et baltique mais aussi l'adhésion de Chypre et Malte.

 

Quel est votre plus beau souvenir comme ministre des Affaires européennes ?

Je pense depuis longtemps que le pire pour le projet européen c'est le silence ! C'est ce silence de trop d'hommes politiques qui n'assument pas et n'expliquent rien qui entretient les peurs. C'est lui qui nourrit la démagogie anti-européenne. Il faut rependre la parole, ne pas raser les murs et ne pas avoir l'Europe honteuse, reconnaître ses faiblesses ou ses erreurs. Reformer ce qui doit l'être. Il faut un débat public permanent. C'est ce que nous avions voulu faire avec succès en 1995 dans toutes les régions de métropole et d'outre-mer avec "le dialogue national pour l'Europe". Christiane LAMBERT, aujourd'hui présidente de la FNSEA, Jean Paul DELEVOYE à l'époque président des maires de France, et le regretté Hubert CURIEN ont été les trois grands témoins engagés de ce dialogue national.

Que peut-on souhaiter à l'Europe et donc à nous Européens pour 2017 ?

Justement un débat citoyen et ouvert. Et puis de la part des dirigeants européens, un nouveau volontarisme. Pour quoi faire ? Jean-Claude JUNCKER a souhaité que l'Europe s'occupe plus des grands sujets et moins des petits sujets.

La croissance par le marché intérieur, l'indépendance énergétique, la lutte contre le changement climatique, la gestion rigoureuse des frontières extérieures, l'investissement en commun dans l'avenir, l'intelligence et la jeunesse, une politique européenne de défense, voilà les grands sujets pour les dix ans qui viennent et pour lesquels nous avons besoin de ce volontarisme politique.

 

 

Propos recueillis par Julien Miro

www.troisfourmis.com