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Marylise Léon: "Quand on voit la progression du vote populiste, il y a de quoi être inquiet."

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04 juillet 2018

A quelques jours de son intervention devant les membres du Cercle des Européens, Marylise Léon, Secrétaire Générale Adjointe de la CFDT a accepté de répondre à nos questions. Populisme en Europe, questions sociales, défi climatique... : interview.



Quel est votre constat sur la situation de l’Europe aujourd’hui ?
Après des années d’immobilisme sur le plan social et de dogmatisme ultra -libéral en matière économique, le ton a changé. La reprise économique se fait sentir. Mais les taux de chômage et de pauvreté demeurent élevés dans beaucoup de pays européens. La volonté affichée de Jean-Claude Junker d’un « triple A social » pour l’Europe s’est concrétisée par la proclamation du Socle européen de droits sociaux, en novembre dernier à Göteborg. Il faut maintenant que les principes contenus dans ce socle se traduisent rapidement en droits concrets. Les initiatives commencent à voir le jour (directives, tableau de bord social, …), il faut continuer.

Avez-vous peur de la montée des populismes pour les prochaines élections européennes ?
Quand on voit la progression du vote populiste, ou même d’extrême-droite dans de nombreux pays européens, dont la France, leur participation au pouvoir - récemment en Italie mais ce n’est hélas pas un cas isolé - il y a de quoi être inquiet. Comment le Parlement européen pourra-t-il défendre le projet européen s’il est demain dominé par des eurosceptiques ? Si les valeurs de démocratie et de tolérance n’y sont pas défendues ?

Quels sont pour vous les principaux défis de ces élections à venir ?
Le principal défi, c’est de faire la démonstration que le repli national ne permettra pas aux Etats membres de l’UE de faire face aux défis de la planète de demain : défi démographique, changement technologique, changement climatique. Si l’Europe veut préserver un modèle social avancé, elle devra l’adapter aux réalités, et peser sur la scène mondiale pour qu’il serve de référence. Désunis, les Etats membres seront marginalisés et à la merci d’un monde dominé par l’affrontement entre Américains, Russes et Chinois, dans lequel le social ne pèsera pas beaucoup.

Dans quel domaine la France peut-elle montrer l’exemple si elle n’arrive pas à convaincre les autres Etats membres ?
La France doit éviter de faire la leçon aux autres, et se montrer exemplaire si elle veut avoir une chance de convaincre. Elle doit faire beaucoup mieux en matière de protection de l’environnement, de promotion des énergies renouvelables et de dialogue social. Elle doit changer de cap en matière de politique migratoire, pour la rendre plus humaine, cohérente et en prise avec la réalité. Il faut organiser un accueil digne des migrants, en favorisant tous les canaux d’immigration légale. Par ailleurs, la France doit investir davantage dans la recherche, le développement, l’innovation, y compris dans le domaine social.

Propos recueillis par Julien Miro

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