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Gilles Pison,Démographe et directeur de recherche à l’Ined : La population de l’Europe ne pourra se maintenir à terme à son niveau actuel que grâce à une immigration importante

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09 Septembre 2015

Jean-Claude Juncker vient de présenter ses propositions pour répartir 160 000 réfugiés dans l’Union européenne. Gilles Pison de l’Ined répond à nos questions.



Le Cercle des Européens: Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a présenté, ses propositions pour répartir 160 000 réfugiés dans l’Union européenne. Cette question des réfugiés réveillent l’Europe mais aussi les fantasmes en terme d’immigration. L’Europe doit elle craindre une immigration massive?

 

Gilles Pison : L’union européenne compte près de 510 millions d’habitants aujourd’hui. La population de l’ensemble des 28 s’est accrue de plus de 20 millions d’habitants depuis 2000. Cette augmentation vient pour un cinquième de l’excédent des naissances sur les décès - 300.000 par an en moyenne depuis 2000 - et pour quatre cinquièmes du solde migratoire – différence entre les entrées et les sorties de migrants – estimé par Eurostat à 1,2 million par an (ne sont comptés ici que les mouvements entre l’extérieur et l’intérieur de l’ensemble des 28). Quelques centaines de milliers de réfugiés en plus à accueillir de façon ponctuelle n’est pas un chiffre si élevé si on considère l’effectif total de l’UE – plus d’un demi milliard d’habitants - ou les flux de migrations courants de ces dernières années.

Le Cercle des Européens: Quels seront les conséquences des migrations?

Gilles Pison : Les projections démographiques publiées par Eurostat en 2014 annoncent dans leur scénario central que les naissances devraient diminuer dans les prochaines années et les décès augmenter, de telle sorte que les seconds dépasseraient les premiers en 2016, le déficit des naissances sur les décès se creusant ensuite pour atteindre un million et demi dans les années 2080. L’augmentation des décès est pratiquement inévitable même si l’espérance de vie continue de progresser. Les générations nombreuses nées pendant le baby boom, qui ont entre 55 et 75 ans en 2015, vont vieillir puis mourir. En écho au baby boom, on enregistrera un boom des décès 80 à 90 ans plus tard. Le scénario d’Eurostat suppose un relèvement progressif de la fécondité jusqu’à un niveau de 1,85 enfant par femme en moyenne (contre 1,5 aujourd’hui dans l’ensemble des 28), les différents pays convergent vers ce niveau de 1,85 en 2150. Il suppose aussi que l’immigration va continuer, le solde migratoire se stabilisant à un niveau un peu plus faible que celui des dernières années (autour de 800.000 par an). À ce niveau, les migrations compenseraient l’excédent des décès sur les naissances et la population se maintiendrait à l’horizon 2080.

 

Le Cercle des Européens: L’immigration peut-elle assurer le maintien de la population ?

Gilles Pison : Pour illustrer le rôle de l’immigration dans l’évolution démographique de l’Europe, Eurostat a calculé des projections en faisant l’hypothèse qu’à partir de 2014 le solde migratoire était nul. Ce scénario « sans migration » est irréaliste mais il a une portée pédagogique : il montre ce que serait l’évolution si l’immigration était stoppée en Europe à partir d’aujourd’hui. Dans ce cas, la population des 28 diminuerait dès les prochaines années, la diminution s’accélérant progressivement jusqu’à une population de 400 millions en 2080, contre plus de 500 aujourd’hui, soit une perte de 100 millions (20%) en 65 ans la ramenant à son niveau de 1960. La population de l’Europe ne pourra se maintenir à terme à son niveau actuel que grâce à une immigration importante, même dans le cas où la fécondité se relèverait.

Propos receuillis par Julien Miro

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