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Francis Brochet: C’est en Europe que François Hollande est le plus social-démocrate, tout en demeurant social-libéral

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10 novembre 2015

Francis Brochet est journaliste* et auteur de l'ouvrage "Et François Hollande enterra le socialisme" aux éditions l'Archipel.



Votre analyse est simple : François Hollande ne serait pas socialiste mais social-démocrate et cela depuis toujours. Qu’est-ce qui vous pousse à penser cela ?

Je dirais plus précisément que François Hollande est un libéral de gauche. Il l’assume dès 1985 dans « La gauche bouge », co-écrit avec Jean-Pierre Jouyet et Jean-Yves Le Drian. Et encore en 1991 dans « L’Heure des choix » avec Pierre Moscovici… Mais le mot « libéral » est tabou en France, à droite comme à gauche, surtout depuis la crise financière de 2008. Quant à la social-démocratie, et son idéal collectif de redistribution à visée égalitaire, elle est une autre victime de la faillite du communisme. La « troisième voie » de Gerhard Schröder et TonyBlair a d’ailleurs exprimé, au début des années 2000 (dix ans après la chute du Mur de Berlin…), la nécessité de la dépasser.

La social-démocratie se limite-t-elle à du pragmatisme dans la prise de décision publique ?

Le pragmatisme a mauvaise réputation en France, nation très politique passionnée par la« vision », l’idéologie, mais peu intéressée par la mise en œuvre de mesures précises. C’est une part de « l’exception française », qui s’est exprimée aussi bien dans le gaullisme que le communisme et son avatar, le socialisme. François Hollande s’en est toujours distingué : « En politique, la vérité est toujours une pratique », dit-il en 2006 dans « Devoirs de vérité ». Une manière d’affirmer que pour lui, le pragmatisme est peut-être une limite au rêve, mais c’est aussi une condition d’action sur la réalité.

Sur la scène européenne, la dimension social-démocrate du Président se confirme ?
Je dirais même que c’est en Europe qu’il est le plus social-démocrate, tout en demeurant social-libéral. Un peu comme François Mitterrand, qui avait reporté son
ambition sociale au niveau européen. Les projets de grand emprunt (eurobonds) et de grands investissements, fondés sur une ressource commune et proportionnelle à la richesse des Etats, relèvent ni plus ni moins d’un projet social-démocrate à la dimension de la zone euro. Toute la difficulté est évidemment de trouver pour cela une majorité, qui pour l’heure n’existe pas.

La rencontre entre le socialisme et une Europe d’inspiration libérale ne pousse-t-elle pas inévitablement à adopter une posture social-démocrate ?
Depuis sa naissance après-guerre, avec l’aide intéressée des Etats-Unis, le projet européen est un projet libéral, au sens politique et économique – les Français n’en retenant que l’aspect économique. Il a contraint les politiques nationales, depuis François Mitterrand, qui en 1983 doit choisir entre le socialisme promis en 1981 et l’Europe, jusqu’à Alexis Tsipras, en 2015. L’ambition de François Hollande de donner à la politique européenne une orientation plus « à gauche » (mais pas anti-libérale) se heurte au rapport de forces actuel. Selon moi, l’erreur serait d’en conclure qu’il n’y a, au sein de l’Europe, qu’une seule politique possible. Mais il y a une forme d’illusion entretenue par une partie de la gauche française, qui est de prétendre n’accepter l’Europe que si elle est française, et de gauche.

Vous estimez que François Hollande a enterré le socialisme. Ce n’est pas l’avis d’une partie de la gauche. Les obsèques auront lieu quand ? Autrement dit, qu’elle serait l’élément majeur qui pourrait acter la disparition du socialisme ?
Le socialisme français (que je ne confonds avec l’idéal de gauche) est mort victime de multiples facteurs qui dépassent les acteurs particuliers : la mondialisation
économique, la construction de l’Europe, l’émergence d’une société postmoderne. Disons qu’il meurt entre 1981 et 1984, avec l’assentiment de François Mitterrand, et que les obsèques n’ont depuis cessé… Le point final sera mis avec l’éclatement du Parti socialiste, sinon sa disparition, en 2017. Cela risque d’être brutal, dans la bruit et la fureur, si François Holland perd, et plus maîtrisé s’il gagne.

Propos receuillis par Julien Miro

 

*Francis Brochet est journaliste pour les titres suivants : DNA – L’Alsace – Est Républicain – Républicain Lorrain – Vosges Matin – Journal de
Saône et Loire – Bien Public – Progrès de Lyon – Dauphiné Libéré – Vaucluse Matin

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