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Catherine Lalumière: 1957 – 2017 : 60 ans d'Europe

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26 avril 2017

Le 25 mars 1957, l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signaient à Rome deux traités : la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA ou Euratom). Cette année, l'Europe fête les 60 ans de la signature de ces Traités fondateurs. A cette occasion, le Cercle des Européens publie une série d'interviews d'anciens Ministres des Affaires européennes. Ils ont été des acteurs de terrain de la construction européenne dont l'expérience est en effet irremplaçable. Catherine Lalumière était Secrétaire d'État auprès du ministre des Relations extérieures, chargé des Affaires européennes sous le gouvernement de Laurent Fabius. Elle répond à nos questions.



Que vous inspire l’anniversaire de la signature du Traité de Rome ?
Cet anniversaire m’inspire à la fois de la colère et de l’espoir. Colère car ce beau traité de Rome, qui constituait un progrès magnifique en 1957, a été finalement appliqué avec maladresse et des orientations politiques contestables, ce qui a entraîné une désaffection d’une grande partie de la population à l’égard de la construction européenne. Espoir car j’espère que – enfin ! – les choix politiques qui seront faits désormais permettront de réconcilier le projet européen avec tous les citoyens.

Quels sont pour vous les deux plus grandes réalisations de l’Europe tant d’un point de vue politique qu’économique ?
Il y a beaucoup de belles réalisations. Les deux plus grandes ? Sans nul doute la paix et la réunification du continent sur des bases humanistes et démocratiques. Mais toute réalisation est fragile… Alors, attention…

Quel est votre plus beau souvenir comme ministre des Affaires européennes ?
Comme membre du gouvernement, mon plus beau souvenir est sans doute, à l’occasion de l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans la Communauté, l’accolade émouvante, bouleversante, que m’a donnée le ministre espagnol des Affaires étrangères, Fernando Moran, grand résistant au régime de Franco, et ce qu’il m’a dit à la fin de la dernière séance des négociations d’adhésion : « Catherine, aujourd’hui tu diras de ma part à François Mitterrand ‟Merci, merci à la France pour que ce qu’elle a fait pour nous. Je ne l’oublierai jamais” ». La diplomatie est une activité réputée froide. Mais il y a des moments exceptionnels dont on se rappelle avec émotion. J’en ai connu d’autres, mais j’avais alors d’autres fonctions. Ce fut le cas lorsque j’étais secrétaire générale du Conseil de l’Europe après la chute du mur de Berlin… Mais c’est une autre histoire.

Que peut-on souhaiter à l’Europe et, donc, à nous Européens pour 2017 ?
De toutes mes forces je souhaite à l’Europe un sursaut politique à tous les niveaux. Nous venons de vivre des années de crises, de malaises et de doutes dans l’Union européenne. Il est grand temps que cette période s’arrête et que le projet européen soit de nouveau vivant et mobilisateur. C’est l’intérêt des européens eux-mêmes, mais c’est aussi l’intérêt des peuples du monde entier car l’Europe est porteuse de valeurs spirituelles et humanistes dont le monde entier aurait besoin.
 

Propos recueillis par Julien Miro

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