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Bernard Ramanantsoa: "L'Europe se fera avec de grandes institutions académiques"

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08 mars 2013

Le Directeur de HEC Paris, Bernard Ramanantsoa, répond aux questions du Cercle des Européens. Il revient notamment sur les liens qu'entretient HEC avec l'Europe à l'heure de la mondialisation de l'enseignement supérieur.


Bernard Ramanantsoa est titulaire du diplôme d'ingénieur de "Ecole Nationale Supérieure de l'Aéronautique et de l'Espace » (1971). Il est diplômé d'un MBA d'HEC en 1976. DEA de Sociologie de l'Université Paris Diderot en 1987, Doctorat en Sciences de Gestion de l'Université Paris Dauphine en 1991, suivi d'un DEA d'Histoire de la Philosophie de l'Université Paris-1 en 1993. Il débute comme maître de conférences à l'Ecole Nationale Supérieure de l'Aéronautique et de l'Espace en 1971 et 1972, puis intègre la SNCF où il deviendra responsable de la Division Marketing "Grandes Lignes" de la SNCF en 1978.

Il rejoint le corps professoral d'HEC en 1979 comme professeur de Stratégie et Politique d'Entreprise, spécialiste d'éthique et de culture des entreprises et défenseur d'une approche ouverte et multiculturelle du monde de l'entreprise. Il est à la tête d'HEC depuis 1995. Sous sa direction, l'école a pris une dimension résolument internationale.


Cercle des Européens: Peut-on dire que HEC a une histoire liée à l'Europe ?

Bernard Ramanantsoa: Oui, on peut raisonnablement le dire. Nous avons créé par exemple il y a 25 ans la CEMS (Community of European Management Schools). Celle-ci réunit les meilleures écoles de management d'Europe. Nous l'avons lancée avec des écoles espagnoles, allemande et italienne à l'origine. Désormais, il y a un représentant dans chaque pays européen, ainsi qu'en Asie ou dans le Pacifique. 

 

Cercle des Européens: Pourquoi HEC possède-t-elle en son sein un Institut de l'Europe ?

Bernard Ramanantsoa: cela fait partie de notre développement et de notre rayonnement. Il est important pour une institution européenne comme HEC qui a une histoire inscrite dans celle de l'Europe d'avoir un lieu de rencontre et de réflexion centré sur cette problèmatique. Surtout en ce moment où les gens se posent beaucoup de question quant à l'avenir de cette construction. En plus, il a un énorme avantage en ànous permettant de faire venir un certain nombre de grandes personnalités économiques ou politiques. Le plus beau symbole est que José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, soit un HEC d'honneur par exemple.

 

Cercle des Européens: Avec la mondialisation, l'Europe doit être moins intéressante pour une grande école internationale ?

Bernard Ramanantsoa: L'Europe reste au centre de notre développement. D'abord parce qu'on recrute chaque année une dizaine de professeurs dont 7 sont Européens sur les douze derniers mois. De la même façon, les élèves européens à HEC sont la majorité des étudiants étrangers sur notre campus. Il est clair que la source de développement c'est l'Europe. On le voit symboliquement à l'entrée du campus où se dressent les drapeaux français, d'HEC et celui européen. 

Mais par définition, on ne peut pas rayonner chez soi. Le rayonnement se fait à l'extérieur de nos frontières naturelles que représente l'Europe.

 

Cercle des Européens: Faut-il adopter le modèle anglo-saxon quand on est une grande école ?

Bernard RamanantsoaBernard Ramanantsoa: C'est vrai que très souvent on considère que toutes les business school du monde se valent et qu'elles sont construites sur une pédagogie issue du modèle anglo-saxon. Je m'inscris en faux contre cette vision. En particulier pour les écoles européennes, il y a une grande différence par rapport au modèle anglo-saxon. Nous considérons qu'il n'y a pas un seul modèle de management. Par conséquent ce que nous devons enseigner à nos élèves, ce n'est pas un modèle qui serait universel mais au contraire de leur montrer que la mondialisation n'est pas un mouvement d'uniformisation. Elle permet aux chefs d'entreprises et aux cades de mieux gérer la diversité. Un consommateur danois ne se comporte pas comme un Français ou un Brésilien.

La prise en compte de cette diversité est notre grande différence d'avec le modèle anglo-saxon. Pour ça, les écoles européennes, HEC notamment, ont un avantage concurrentiel par rapport aux écoles anglo-saxonnes, ce qui nous permet d'attirer beaucoup d'élèves étrangers, européens ou extérieurs à notre continent.

 

Cercle des Européens: On dit l'Europe sur le déclin... son enseignement supérieur l'est-il aussi ?

Bernard Ramanantsoa: Au contraire, l'Europe se fera si elle est capable de proposer au reste du monde, au delà d'un modèle culturel, un certain nombres d'universités et d'institutions académiques très performantes, capables d'attirer des étudiants et des professeurs du reste du monde. Dans le cas de HEC, on est sur la bonne voie. Pour le e-MBA, 85% de nos élèves sont étrangers, 40% pour la grande Ecole et 65% pour nos professeurs. Le fait que la France et HEC puissent les attirer est une force de l'Europe. Les autres grandes écoles en Europe ont aussi cette possibilité. Les institutions espagnoles, italiennes, néerlandaises sont des attracteurs pour l'Europe. Il faut que les Européens aient bien conscience de cette force historique. Ne nous endormissons pas car il faut redynamiser ce potentiel. Nous avons un gros avantage : la Sorbonne, Oxford ou Cambridge sont des références mondiales avec un statut très clair pour l'Europe dont bénéficient des institutions plus jeunes comme HEC.

 

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