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Arnaud Magnier: "Si l’espace public ne permet plus une confrontation des points de vue, alors on cède toute la place aux fake news"

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02 mai 2018

Arnaud Magnier connait bien l’Europe. Titulaire d’un Doctorat en Sciences politiques, après un parcours au Parlement européen et national, il a été le conseiller de cinq ministres des affaires européennes, avant de devenir en 2011 conseiller auprès du SGAE et directeur du pôle « Institutions et Parlements », en charge des relations avec la société civile. En février dernier, il a été mandaté par le gouvernement comme Secrétaire général des Consultations citoyennes sur l’Europe. Il pilote une équipe d’une dizaine de membres chargée de préparer les consultations citoyennes. Il a accepté de répondre aux questions du Cercle des Européens.



Le 17 avril, à Epinal, dans l'est de la France, Emmanuel Macron a lancé officiellement la première « Consultation citoyenne » sur l’Union européenne (UE). Quelle est l’ambition de ces consultations ?

Les Consultations citoyennes ont pour ambition de contribuer à refonder l’Europe en passant par les besoins exprimés par ses citoyens. C’est l’essence même de la démocratie, que l’Europe a inventée. Le diagnostic du Président de la République est clair : les grands défis à venir (transition énergétique, économie numérique, flux migratoires…) ne pourront être relevés efficacement qu’à l’échelle européenne. Et pourtant, on constate un désamour manifeste entre l’Europe et ses citoyens. Les Consultations Citoyennes qui viennent de commencer et qui se prolongeront jusqu’en octobre prochain vont établir - à l’échelle de l’ensemble des Etats de l’UE (sauf le Royaume Uni) - un état des lieux précis des attentes des peuples.

Dans quel esprit vont elles se dérouler ?
Exercice inédit, ces Consultations vont se dérouler dans un esprit pluraliste, ouvert et transparent. Nous allons encourager tous les porteurs de projets à se manifester et à proposer des initiatives. L’idée n’est pas de convaincre que l’Europe est parfaite, mais d’écouter ce que les gens ont à dire, leurs expériences concrètes, leurs propositions pour l’avenir. En leur donnant la parole, ils pourront exprimer l’Europe qu’ils veulent. Les collectivités, les associations, les ONG, les fédérations professionnelles, les universités, les entreprises, les syndicats… tous se mobilisent, selon des formats très différents. Nous mettons à disposition des kits d’organisation très simples et un site dédié sur lequel tout sera public : www.quelleestvotreeurope.fr. Une semaine après Epinal, 116 projets étaient déjà identifiés.

L’ensemble des partis politiques sont-ils invités à y participer ?
La démarche est totalement pluraliste et un conseil de surveillance transpartisan y veillera. Ceux qui cherchent à discréditer la démarche en mélangeant les Consultations citoyennes et la Grande Marche de LREM trompent les citoyens. Le premier exercice est européen, porté par l’ensemble des Etats et les institutions. Il se terminera en décembre. Le deuxième exercice est français, porté par un parti politique et se terminera en mai. Des partis politiques très critiques à l’égard de l’Europe ont déjà fait part de leur intention de participer à notre démarche et c’est une excellente chose. La critique – dès lors qu’elle est constructive et permet d’aboutir à de vraies propositions – fait intégralement partie du débat.

En 2019 se tiendront les élections européennes. Doit-on craindre une montée des populismes ?
Les populismes montent déjà ! Il suffit de regarder les résultats des scrutins électoraux nationaux et régionaux dans la plupart des Etats membres, même ceux qui s’estimaient – à tort – relativement à l’abri de ce type de percées. Le seul et unique antidote à la tentation populiste, c’est que les citoyens se rendent aux urnes avec un choix éclairé et en toute connaissance des enjeux de leur vote. Si l’espace public ne permet plus une confrontation des points de vue, alors on cède toute la place aux fake news. N’oublions jamais que le silence entretient les peurs et les démagogies. Plutôt que de se défouler dans un isoloir, mieux vaut pour la démocratie participer à une Consultation citoyenne.
 

Propos recueillis par Julien Miro

www.troisfourmis.com