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Alain Lamassoure: 1957 – 2017 : 60 ans d'Europe

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09 janvier 2017

Le 25 mars 1957, l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signaient à Rome deux traités : la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA ou Euratom). Cette année, l'Europe fête les 60 ans de la signature de ces Traités fondateurs. A cette occasion, le Cercle des Européens publie une série d'interviews d'anciens Ministres des Affaires européennes. Ils ont été des acteurs de terrain de la construction européenne dont l'expérience est en effet irremplaçable.

Alain Lamassoure a été Ministre délégué aux Affaires européennes dans le Gouvernement d’Edouard Balladur de 1993 à 1995. Il est aujourd'hui député européen et Président de la délégation française du groupe PPE. Il a accepté de répondre à nos questions.



Que vous inspire l'anniversaire de la signature du Traité de Rome?

Un rappel de la différence des échelles de temps, qu’ignorent les dirigeants comme les citoyens. L’invention d’une forme radicalement nouvelle d’organisation politique, combinant unité politique et maintien d’États souverains, exigera un siècle - c’est la construction d’une cathédrale. Cette échelle de temps n’a hélas rien à voir avec le temps politique, limité au mieux à la durée d’un mandat électoral, avec le temps médiatique, réduit à 24 heures, ni avec le temps des réseaux sociaux, à l’échelle de la minute nécessaire à la rédaction de 140 signes. Il faut faire avec, mais encore faut-il que tout le monde en soit conscient.

Quelles sont pour vous les deux plus grandes réalisations de l'Europe tant d'un point de vue politique qu’économique?

Politiquement, la réconciliation réelle, profonde, sincère, entre nos peuples, au moins dans la partie occidentale de l’Europe. C’est un vrai miracle, sans précédent historique, sans équivalent contemporain.

Économiquement, la fusion de nos monnaies. Là encore, pas de précédent historique, pas d’équivalent contemporain, et cela malgré une armada d’économistes et de financiers anglo-saxons enragés de dépit essayant de démontrer chaque jour que c’est infaisable et intenable.

Quel est votre plus beau souvenir comme ministre des Affaires européennes ?

Mon premier Conseil des ministres européens au printemps 1993. Non pas parce que c’était le premier, mais parce que nous y avons adopté les « critères de Copenhague », qui fixaient le cadre de l’élargissement à nos voisins européens libérés du communisme, et parce que nous y avons signé le premier accord de partenariat avec l’un d’eux. C’était la Slovénie, que j’étais allé soutenir deux ans avant lors de sa courte guerre d’indépendance. L’unification du continent devenait possible.

Que peut-on souhaiter à l'Europe et donc à nous Européens pour 2017?

Ne souhaitons pas : agissons. Tous les grands défis de 2017 n’ont pas de solution en-dehors d’une politique européenne commune: croissance, immigration, terrorisme, embrasement du Moyen-Orient et du Sahel, aventurisme des dirigeants improbables de Moscou et de Washington, sans parler du Brexit. Les traités nous donnent tous les moyens juridiques d’agir. Il s’agit simplement de vouloir. Mais les candidats à l’élection présidentielle seront-ils seulement capables de sortir de leur carcan intellectuel hexagonal ?

 

Propos recueillis par Julien Miro

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