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USA: Mitt Romney et Barack Obama, les enseignements de la campagne

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05 Septembre 2012

La présidente du Cercle des Européens revient sur France Culture dans sa chronique "Le Monde selon Noëlle Lenoir" sur la campagne présidentielle opposant Mitt Romney et Barack Obama. Ce mercredi 5 septembre 2012, elle rappelle combien la démocratie d'opinion peut tourner au populisme comme le démontre le candidat républicain.

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

 

La belle Michelle Obama a ouvert hier la Convention démocrate qui a désigné son époux comme candidat Démocrate à sa succession à la Présidence des Etats-Unis, et depuis le 28 août Barack Obama sait qu’il a à affronter dans le camp Républicain d’en face un certain Mitt Romney.

Encore récemment Mitt Romney était plus connu des milieux financiers que du monde politique et quasiment inconnu à l’international. Romney n’est cependant pas un candidat falot. Il a une forte personnalité. Le problème – notre problème dès lors qu’il prétend accéder au poste demeuré le plus puissant de la planète – c’est qu’il est impossible de déceler ses convictions, et même s’il a des convictions.

Une anecdote d’abord : lorsqu’il accompagnait sa mère candidate aux sénatoriales dans l’Etat du Michigan (dont d’ailleurs son père était déjà gouverneur), Mitt Romney – nous étions en 1970 et il avait tout juste 23 ans – répondit à l’interview d’un journaliste en proclamant : "Mon ambition ? Eh bien, c’est d’abord de faire fortune pour ensuite entrer en politique. Car je m’empresse de vous le dire, je ne pourrai pas supporter d’avoir à faire vivre ma famille avec l’argent de la politique".

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a rempli son contrat avec lui-même.

Il a d’abord gagné une fortune considérable comme dirigeant de Bain & Capital, une société d’investissement spécialisée dans le « private equity », c’est-à-dire achetant des entreprises plus ou moins en difficultés pour les redresser, les développer et les revendre ensuite en empochant la différence. Le patrimoine qu’il a ainsi amassé (plusieurs centaines de millions de dollars) est désormais en lieu sûr aux îles Caïmans.

Mitt Romney, une fois riche, a ensuite attendu d’avoir 47 ans pour se dédier à la politique. Et il a d’emblée osé se mesurer – bien que sans succès – à Ted Kennedy, sénateur du Massachussets, dont il s’est fait élire un peu plus tard gouverneur. Et un gouverneur qui a mené une bonne politique. Et si, lors des primaires du Parti Républicain en 2008, on lui a préféré John Mac Cain pour affronter Barack Obama, il a réussi il y a quelques jours donc à se faire sacrer candidat officiel des Républicains et donc adversaire désigné du Président Obama.

Beau parcours, qui serait imparfait néanmoins, s’il ne lui manquait une touche mystique, si importante dans la vie politique des Etats-Unis. Qu’à cela ne tienne, Romney est mormon, fils, petit-fils et arrière petit-fils de mormons. Son appartenance à cette religion – que certains considèrent comme une secte – n’est pas anodine puisque les mormons prônent et pratiquent encore aujourd’hui aux Etats-Unis la polygamie. Certes, ce n’est pas le cas de Mitt Romney qui au contraire affiche la constance de sa flamme pour sa femme et revendique néanmoins avec fierté ses cinq enfants et 16 petits enfants. Mais tout de même, jamais un candidat à la Présidence des Etats-Unis n’a eu une appartenance religieuse aussi fortement revendiquée.

Argent, politique et religion : c’est sans doute le triptyque obligé dans la marche vers le pouvoir suprême aux Etats-Unis ?

Mitt Romney semble également incarner un autre triptyque de la démocratie américaine, et de plus en plus hélas de nos démocraties d’opinion : un mélange de professionnalisme en communication, de cynisme assumé et d’absence de réelles convictions.

Communicant, il l’est en effet : il sait dialoguer avec les électeurs et peut même galvaniser les foules. Il est également expert en collecte de fonds, une tâche qui n’est pas mince quand on sait qu’il faut pas moins de 1 milliard de dollars au bas mot pour mener campagne pourla Présidence des Etats-Unis. 

Sur le registre du cynisme, Mitt Romney n’est pas non plus un amateur. Au début de cette année notamment, il n’a pas hésité à déclarer que les pauvres ne l’intéressaient pas beaucoup et qu’il préférait les riches, ceux qui à ses yeux se sont battus pour avoir ce qu’ils ont. 

Mais ce qui est le plus troublant, c’est qu’il n’est pas possible de déceler ses véritables convictions. Ainsi que le souligne un hebdomadaire britannique réputé pour son sérieux: "ce qu’il dit le matin à son réveil peut grandement différer de ce qu’il déclare au diner". Qu’on en juge donc :

  • Après avoir créé dans son Etat du Massachussets un système de sécurité sociale qui fonctionne et qui est tout aussi protecteur que la couverture maladie universelle mise en œuvre par Obama, voici qu’il fait aujourd’hui de l’abrogation de l’ »Obamacare » sa priorité des priorités ; 
  • Deuxième exemple : alors qu’il y a six ans, il se déclarait favorable au droit à l’avortement, voici qu’ il est en à présent le farouche détracteur, promettant même de nommer à la Coursuprême des juges notoirement connus pour leur position anti-avortement ; 
  • Enfin, alors qu’il s’était précédemment engagé comme défenseur de la lutte contre le changement climatique, voici qu’il a complètement gommé cet objectif de son programme ;

Quant à sa politique étrangère, entre un mépris à peine voilé pour une Europe déclinante et l’annonce de sanctions contre la Chine, on n’en saisit pas vraiment les lignes et les contours. Et l’on comprend encore plus mal – en dehors de baisses d’impôts pour les plus fortunés – quelles seront ses orientations économiques. Alors même que l’élection américaine se jouera sur la relance de la croissance, ce que propose réellement Mitt Romney pour l’économie reste un mystère non révélé !

Je ne pense pas quant à moi que Romney sera finalement élu. Toutefois ce que je redoute, c’est qu’il incarne avant l’heure cet animal politique nouveau, prêt à dire tout et son contraire pour être élu, que l’absence de conviction prépare mal à la mission qui l’attend. Et surtout, ce qu’il faut craindre, c’est que la politique ne soit plus qu’un combat pour gagner au lieu d’une ambition de montrer le chemin, à ses risques et périls électoraux !

Réponse – en tous cas aux Etats-Unis - le 6 novembre prochain, jour de l’élection présidentielle.  

 

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