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"Un battement de cil dans l’histoire"

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25 mars 2007

Cette expression est tirée du discours historique prononcé par Angela Merkel, le 25 mars, à l’occasion des cérémonies du cinquantième anniversaire de la signature du traité de Rome, à Berlin. La première chancelière de l’histoire de l’Allemagne , présidente du Conseil européen, et citoyenne européenne élevée de l’autre côté de l’ancien rideau de fer, est en elle-même un symbole du miracle de la réconciliation des peuples européens .



Dans son discours historique prononcé le 25 mars à l’occasion des cérémonies du cinquantième anniversaire de la signature du traité de Rome, à Berlin, la Chancelière allemande et présidente du Conseil européen, Angela Merkel, a déclaré que ces célébrations n’étaient « rien au fond qu’un battement de cil dans l’histoire ». Par cette expression poétique, elle semble avoir voulu souligner la fragilité de toute œuvre humaine. Et donc de l’Europe comme construction patiemment édifiée, inachevée et, il faut le reconnaître, encore mal consolidée.

Un battement de cil, c’est aussi le signe perceptible d’une émotion. Cette émotion était réelle sur les visages des participants à cette manifestation hors du commun, des chefs d’Etat et de gouvernement au public composé notamment de jeunes issus du programme Erasmus provenant des 27 Etats membres.

A regarder le reportage télévisé de l’évènement, j’ai été frappée du contraste entre les débuts de l’Europe et l’époque actuelle. Les images d’archives en noir et blanc de la signature du traité de Rome dans la salle du Capitole à Rome le 25 mars 1957 montrent des hommes en costumes sombres et à la mine grave assis autour d’une vaste table en U et paraphant les documents du traité. Cinquante ans plus tard, c’est une femme – la première chancelière de l’histoire de l’Allemagne – vêtue d’une veste orange clair qui monte à la tribune pour s’adresser à un parterre tout aussi coloré au sein duquel les femmes tiennent place égale avec les hommes.

Angela Merkel, avec laquelle j’ai eu la chance de m’entretenir plusieurs fois, est en elle-même un symbole. Femme, chef du gouvernement de son pays, elle est née à l’Est de l’Allemagne dans l’enfermement de l’Empire soviétique lorsque Berlin était coupée en deux, peu de temps avant l’édification du mur de la honte. « J’ai grandi à l’est de cette ville, en RDA, a-t-elle souligné. Lors de l’adoption des traités de Rome, j’avais trois ans. J’en avais sept lorsque le Mur fut construit… »

S’il est un message dont elle est porteuse, c’est bien celui de la liberté. Renforcer et approfondir cet acquis « au moins pour les cinquante ans à venir » est bien, comme elle l’a suggéré, ce qui nous appartient en héritage des pères fondateurs à qui l’on doit d’avoir su unir des pays et des peuples jusque là les pires ennemis. Il est également significatif qu’elle ait cité à la fois « la liberté d’exprimer publiquement son opinion, même lorsqu’elle dérange » et « la liberté d’entreprise », comme relevant de la même veine. La liberté économique complète la liberté politique.

Mais défendre l’acquis ne suffit pas. Pour faire avancer l’Europe, il faut ouvrir de nouvelles pistes telles celles qui ont été évoquées, comme par exemple « en matière de politique énergétique, de politique étrangère et de politique intérieure et judiciaire ». C’est à la réflexion sur ces nouvelles pistes, et peut-être même à la définition de nouvelles politiques communes (dans les domaines de l’énergie, de l’environnement ou de la recherche en particulier) que le Cercle des Européens entend participer.

Mais l’urgence est sans conteste de remédier à la panne de l’Europe provoquée par le double non français et néerlandais. Et de faire repartir le projet de traité constitutionnel. Ce traité est la boîte à outil qui doit permettre aux institutions européennes de fonctionner sans blocages et sans clivages. La chancelière allemande s’est engagée à faire adopter un calendrier pour la ratification du traité, vraisemblablement lors du Conseil européen de juin, « l’objectif [étant] d’asseoir l’Union européenne sur des bases communes rénovées d’ici les élections au Parlement européen de 2009 ». C’est la limite. Un nouveau retard s’assimilerait à une erreur historique presque irréparable pour nous tous Européens.

Noëlle Lenoir,
Présidente du Cercle des Européens.

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