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Nobel oblige, la consécration de l'Union européenne comme modèle politique

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17 octobre 2012

La présidente du Cercle des Européens revient sur France Culture sur le Prix Nobel de la Paix reçu par l'Union européenne dans "Le monde selon Noëlle Lenoir".

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

 

En décernant le Prix Nobel de la Paix à l’Union européenne, le Comité du Prix a salué «l’œuvre accomplie pendant ces 60 dernières années pour la Paix, la Réconciliation entre les peuples, la Démocratie et les Droits de l’homme. »

A première vue, quelle surprise ! Mais finalement quel choix évident :

- D’abord, l’Union européenne – à l’exception des Balkans qui en dehors de la Slovénie ne sont pas encore dans l’UE – c’est la paix. Finies les guerres de conquête, la boucherie de la guerre de 14/18 et le programme d’extermination du troisième Reich ! La paix, c’est une construction, ce n’est pas comme l’air qu’on respire. Eh bien, c’est un acquis de l’Europe.

- Ensuite, l’UE est un espace de solidarité entre nations qui partagent leur souveraineté au service de la démocratie, et ce modèle a valeur universelle. L’Europe comme antidote de la fièvre nationaliste, voilà aussi sa vocation. Les dérives du gouvernement hongrois eussent été bien pires sans la pression de l’Europe. La montée des partis extrêmes est très inquiétante. Elle serait une déferlante sans l’Europe.

- Enfin, le Nobel de la Paix consacre la profonde signification politique de la construction européenne. N’en déplaise à nos voisins Britanniques, l’Europe ne se définie pas comme un marché, presque toutes les économies pratiquant propriété privée et libéralisation des échanges. Même la Chine communiste est capitaliste et avec quel talent ! Ce qui distingue le continent européen, c’est son art de faire vivre ensemble des peuples aussi différents et autrefois si ennemis, en dépit de toutes les rancœurs que fait renaître la crise.

Les sarcasmes qui ont suivi l’annonce du Comité Nobel ont pu paraître amusants comme la remarque suivant laquelle l’UE aurait dû recevoir le Prix Nobel d’Economie pour sa gestion calamiteuse de la crise, ou que la seule monnaie européenne stable, c’est la paix, ou encore que l’Europe, c’est les intermittents du spectacle des divergences entre Etats. C’est drôle, mais sans plus.

Certes, l’Europe n’est pas toujours le lieu de l’entente cordiale, comme en témoigne l’accueil réservé il y a quelques jours à Athènes à Angela Merkel, représentée par les manifestants avec l’insigne nazi.

Certes, l’Europe est en grande difficulté.

Mais j’en ai assez de l’autodénigrement. L’Union européenne reste la première puissance économique mondiale et malgré les dérapages à l’encontre des Roms, elle reste à l’avant-garde de la défense des droits de l’homme – dont les femmes – et des minorités. La peine de mort y a été abolie, même par la Turquie pour pouvoir être candidate à l’accession à l’Union. Enfin l’Europe reste la seule démocratie sociale à l’échelle d’un continent tout entier.

Alors admettons que nous avons réalisé le rêve européen du discours de Victor Hugo au Congrès de la paix de 1849 que je cite : « Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains à vous aussi ! Un jour viendra où la guerre paraîtra aussi absurde et sera aussi impossible entre Paris et Londres, entre Petersburg et Berlin, entre Vienne et Turin qu’elle serait impossible et paraîtrait absurde aujourd’hui entre Rouen et Amiens, entre Boston et Philadelphie. Un jour viendra où vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne…Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples… »

Après la paix et la démocratie, il faut maintenant une Europe sociale et économique véritablement viable et qui s’appuie surtout sur des institutions crédibles.

Les Européens, en tous les cas la plupart de ceux de ma génération, n’ont pas anticipé, c’est vrai, la fin de la division du monde en deux blocs, et le début d’une mondialisation financière promue par les technologies informatiques. Or nous y sommes.

D’où l’urgente nécessité de réhabiliter le projet d’une Europe puissance apte à défendre ses valeurs et son modèle social. Les responsables politiques n’osent pas dire qu’il faut consolider cette Europe de crainte des réactions d’une opinion publique prompte à en faire la source de tous ses maux. Pour autant contrairement aux idées reçues, si la période actuelle est douloureuse du fait de la crise, elle est porteuse pour l’Europe.

Avec la BCE, les mécanismes de stabilité et de solidarité financière, la surveillance budgétaire commune, et bientôt l’Union bancaire, voire un budget de relance de la croissance pour la zone euro, l’Europe est en passe de devenir un ensemble fédéral intégré. Ce à quoi d’ailleurs ouvre la voie la décision de la Cour constitutionnelle allemande de septembre dernier sur le traité budgétaire.

Du même coup, la Grande-Bretagne regarde de plus en plus vers la porte de sortie tandis qu’au contraire des pays comme la Pologne, la Hongrie ou la Lettonie par exemple demandent, en attente d’adopter l’euro, d’avoir un siège dans les institutions de la zone euro… L’Europe continuera donc de se faire… avec ceux qui sont volontaires pour aller de l’avant.

Le Prix Nobel n’est donc pas une farce, il n’est pas non plus la fin de l’histoire européenne… si nos leaders politiques ont le courage de porter le projet qui leur a été légué par leurs prédecesseurs sur les décombres de la dernière guerre mondiale. 

 

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