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L'Europe politique à deux vitesses : quel enjeu ?

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07 juin 2012

Angela Merkel a déclaré à un journal allemand qu'elle était prête à œuvrer pour faire avancer l'Europe vers une "Union politique", quitte à accepter l'idée d'une Europe à deux vitesses si certains pays bloquent.

Pour la Chancelière allemande Angela Merkel: "Wir brauchen mehr Europa"


D'un certain côté, la Chancelière allemande lance cette idée de plus en plus évoquée pour sortir l’Europe de la crise – à moyen et long terme - dans l’éventualité où – si elle n’était pas reprise par les pays fondateurs de l’Union au moins - se prépare un possible échec du prochain sommet européen de juin. Si l’on ne parvient pas à trouver des solutions à la crise de la zone euro, c'est que le saut vers plus d'Union politique est nécessaire. Les Allemands sont logiques et sensés quand ils disent que pour pouvoir s'endetter en commun, on doit avoir des comptes publics en ordre et collectivement concertés. Qui fait caisse commune – ce qui est le cas avec l’euro – doit en effet avoir une gestion commune. Sans cela, la monnaie unique ne fait que créer des déséquilibres entre Etats et tirer vers le bas les Etats qui vont mieux que les autres.

La notion d'Europe "politique" a été travaillée avec soin. On se souvient que la proposition faite par Joschka Fischer, ministre des Affaires étrangères de Gerhard Schröder d'aller vers une Europe "fédérale" avait été accueillie pour le moins froidement en France, pays décidément bien ambigu face à la construction européenne. Pourtant depuis plusieurs mois, un nombre croissants de leaders politiques français soulignent la nécessité de construire l'Union politique de l'Europe, avant que cette construction bien lézardée ne s’écroule.

L’Europe est à la croisée des chemins. L'Europe uniquement intergouvernementale à laquelle la France semblait adhérer ne fonctionne pas. Les Sommets européens à répétition, précédés de Sommets bilatéraux franco-allemands, exacerbaient les oppositions, voire conduisaient les Etats-membres dans une seule direction : la défense de leurs intérêts nationaux face à ceux des voisins. Aux dépens du projet européen. L’euro n’est au demeurant pas seulement un outil économique, c’est aussi et avant tout un facteur d’intégration politique.

Mais que veut dire l'Europe à deux vitesses ? Nicolas Sarkozy avait souligné devant le Parlement européen, au moment de la présidence française en 2008, qu’il ne fallait pas scinder en deux la famille européenne. Et pourtant, par ailleurs, il avait voulu considérablement développé le rôle de l’Eurogroupe. François Hollande, dans son ouvrage paru durant la campagne pour les élections présidentielles "Changer le Destin" évoque la possibilité d’une Europe à géométrie variable à partir de la dynamique des pays fondateurs. Par ailleurs, les Etats entrés dans l’UE en 2004 et en 2007 – la Pologne notamment - voient d’un mauvais œil la montée en puissance d’une Europe politique limitée à un noyau de pays, voire à l’Eurogroupe.

A-t-on vraiment le choix ? Les Britanniques n’accepteront jamais une Europe fédérale. Via les "opting in" ou "opting out", ils sont déjà à l’écart de biens des réalisations européennes, y compris la Charte des Droits Fondamentaux. D’autres gagnés par le nationalisme comme la Hongrie ne veulent pas en entendre parler etc. Les nouveaux entrants sont en réalité assez peu enclins à se diriger vers une gouvernance intégrée européenne.

Toutefois cette gouvernance intégrée ne doit pas se résumer à l'union bancaire souhaitée également par le Président de la BCE, Mario Draghi. Elle ne peut consister dans la seule discipline budgétaire. Car les citoyens ne percevront pas cela comme une union politique, mais plus comme une contrainte de plus. Comment leur faire jouer un rôle d’acteurs véritables de l'Union européenne. La perspective d'une année 2013 dédiée à la citoyenneté européenne doit nous inspirer. L'Europe politique, fruit du volontarisme des Etats, doit marcher de concert avec une Europe des citoyens. La vraie sortie de crise passe par les citoyens !

Noëlle Lenoir
Présidente du Cercle des Européens

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