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Les remèdes du bon docteur Schröder

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03 octobre 2012

La présidente du Cercle des Européens revient sur France Culture sur les années Schröder qui ont permis à l'Allemagne de faire un bond de compétitivité. Dans "Le monde selon Noëlle Lenoir", elle rappelle que ces réformes avaient été pourtant très impopulaires à l'époque.

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

Sortir la France de la crise, voilà la tâche la plus importante et surtout la plus urgente à accomplir par François Hollande.

Le premier acte est celui de la rigueur. Hausses d’impôts, réduction des dépenses publiques : les lois de finances ont lancé le mouvement. C’est également l’objet du traité budgétaire européen en passe d’être ratifié par la France. Voulu par Madame Merkel afin de donner satisfaction à une opinion publique allemande de moins en moins encline à accepter que l’Allemagne paie pour venir en aide à des pays en difficulté… sous-entendu de par leur faute, ce traité vise à assurer l’effectivité des règles du Pacte de Stabilité et de Croissance. Il serait temps vingt ans après l’institution de ce Pacte par le traité de Maastricht de 1992 !

Le second acte devrait conduire la France à œuvrer résolument pour que puisse voir le jour une « Union bancaire » européenne sous l’égide de la Banque Centrale Européenne (BCE). Son principal intérêt est d’obliger les banques à se prendre en charge elles-mêmes en cas de difficulté de l’une ou plusieurs d’entre elles, au lieu d’avoir à demander secours aux contribuables via leur recapitalisation par les Etats. Autre avantage : le transfert de la supervision bancaire au niveau de la BCE ne peut qu’en renforcer l’efficacité.

Reste un troisième volet : celui de la croissance et de la compétitivité qui passent par des réformes structurelles. Il y a des précédents dans les pays scandinaves. Suède et Finlande, à un moindre degré le Danemark, ont connu la crise aux débuts des années 90. Après avoir jugulé leur crise bancaire, ces pays se sont fortement désendettés en diminuant la part des dépenses publiques et ont profondément réformé leurs régimes de retraite.

L’exemple allemand est encore plus proche. Et il est probant, car il est généralement admis que l’Agenda 2010, mis en œuvre au pas de charge par le gouvernement du Chancelier Gerhard Schröder entre 2003 et 2005, a largement contribué au redressement d’une Allemagne considérée alors comme l’homme malade de l’Europe.

Beaucoup l’ont oublié, mais il y a dix ans, la France était plus compétitive que l’Allemagne. Aujourd’hui, c’est l’inverse:

Le chômage dépasse en France les 10% avec plus de trois millions de chômeurs inscrits, tandis que ce taux est en Allemagne d’à peine 6% (entre 2% et 3% en Bavière)

La désindustrialisation s’est accélérée au point que l’industrie ne représente plus que 12% du PIB français, à comparer aux taux de 24% en Allemagne, et même – ce qui est encore plus étonnant – de 16% en Grande-Bretagne.

Enfin, le coût du travail est en France l’un des plus élevés en Europe.

Résultat : le couple franco-allemand est déséquilibré et c’est maintenant l’Allemagne qui assure le leadership de l’Europe. Ce qui n’arrange ni l’Allemagne, ni ses partenaires.

Que faire en France donc pour retrouver l’équilibre ? Se désendetter ? Oui bien sûr, mais attention à la déflation. Relancer par des programmes d’Etat ou européens les investissements productifs ? C’est indispensable et c’est ce pour quoi le nouveau Président français a plaidé avec un succès certain. Tous les dirigeants européens en sont convaincus, dont en premier lieu Mario Monti, le Président du conseil italien. Mais avec quel argent financer la croissance ?

Incontestablement, le noyau dur du programme de redressement de la France est la réforme de l’Etat Providence qui n’est plus vraiment juste et qui n’est en tout état de cause plus financièrement soutenable.

Alors pourquoi pas un Agenda 2010 en France ? Que comportait donc cet Agenda ?

L’élévation de l’âge de retraite. Celui-ci a été porté à 65 ans et même 67 ans pour 2017. En France, la question du financement de la retraite a été posée dès le Livre Blanc de Michel Rocard en 1991 et la France n’y a encore que très partiellement répondu. Allons- nous continuer à aller de l’avant ?
L’assurance-maladie ensuite. Parmi diverses mesures, l’Agenda 2010 a institué à charge de chaque patient une taxe fixe de 40€ par an. Aura-t-on le cran de demander une contribution supplémentaire aux assurés sociaux, non exclusive de la gratuité totale pour les plus démunis, pour éviter d’aller vers une médecine à deux vitesses ?

Le droit du travail, sujet le plus épineux. Dans un pays où la grève « politique » est interdite, la réforme du droit du travail a fait descendre dans la rue pas moins de 500 000 manifestants contre deux mesures phares : (i) la limitation à une année des allocations chômage, (ii) l’obligation faite aux chômeurs d’accepter le travail proposé par l’agence de l’emploi, sauf à encourir des sanctions financières. Tout ceci étant conjugué malgré tout avec des mesures favorisant l’emploi des jeunes et des séniors. Efficacité garantie : de plus de 5 millions en 2003, le nombre des chômeurs en Allemagne est descendu à moins de 2 millions en 2012. Que va donc nous proposer le gouvernement de Jean-Marc Ayrault à l’issue de la concertation entre partenaires sociaux ?

Pour ses détracteurs, l’Agenda 2010 a détruit l’Etat social et engendré de la pauvreté. Mais elle existe aussi chez nous et nous n’en continuons pas moins à faire supporter le coût de la protection sociale à un nombre d’actifs de plus en plus réduit.

Il est vrai que le Chancelier allemand n’avait pas à se préoccuper en 2003 de réduction du déficit budgétaire. Ou plutôt, conjointement avec Jacques Chirac, le Président français, il avait obtenu de ses partenaires d’être dispensé de respecter le Pacte de Stabilité, relégué depuis cette époque au rang des antiquités européennes… Le Président Hollande n’a pas cette facilité. Il doit poursuivre en même temps les trois objectifs : la rigueur, la croissance et la compétitivité. « Vaste programme » pour un Président rentré dans l’histoire sans qu’on l’attende vraiment !

Car Gerhard Schröder avait payé le prix fort pour mener à bien ses réformes : il avait dû abandonner la direction du SPD victime de très nombreuses défections (près d’un tiers pour un parti d’un million d’adhérents). Après plusieurs échecs aux élections régionales, il avait été contraint de provoquer en 2005 des élections générales qu’il les avait – de peu – perdues.

Doit-on renoncer à des réformes aussi impopulaires que nécessaires ? Tout dirigeant politique se pose cette question. François Hollande entend apparemment la transcender en annonçant des réformes de structures durant les deux premières années de son mandat pour ensuite rebondir sur la croissance. C’est l’enjeu du quinquennat.

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