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Les femmes sont-elles des sportifs comme les autres ?

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09 juillet 2012

Noëlle Lenoir revient sur France Culture ce lundi 9 juillet sur la décision de la FIFA de permettre à des femmes voilées de participer à des compétitions internationales de football. Voici sa chronique "Les Idées claires".

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

Le sport Olympique, on le sait, est de plus en plus influencé par l’argent qui coule à flots grâce aux revenus générés par les droits télévisuels. Parfois, il est aussi utilisé à des fins purement politiques – pour le meilleur comme lors du boycott des équipes d’Afrique du Sud du temps de l’apartheid – ou pour le pire comme avec les Jeux Olympiques sous bannière nazie à Berlin en 1936.

Nous voici de nouveau confrontés à cette réalité de l’instrumentalisation du Sport dans un but politique. Tenons-nous bien, Marc, le 5 juillet dernier en effet, la FIFA a donné son feu vert à l’unanimité – je dis bien à l’unanimité - à l’organisation de matchs de football avec des équipes de femmes voilées !

C’en est donc fini de l’universalisme du sport, pourtant hautement proclamé par la Charte de l’UNESCO de 1978 qui le qualifie de "langage universel par excellence" ?

Que le représentant de la Jordanie à la FIFA ou encore les Emirats, partenaires financiers de cette Fédération, aient fait pression pour obtenir une décision aussi loufoque, soit !

Mais que Sepp Blatter, citoyen Suisse, actuel Président de la FIFA ait favorisé cette transgression des règles élémentaires de non-discrimination en fonction du sexe inscrites en lettres d’or à l’article 51 de la Charte Olympique, c’est inacceptable. Pis encore : que Michel Platini, membre français de la FIFA et surtout Président de l’UEFA, n’ait pipé mot quand on sait que la Charte européenne du sport adopté en 1996 dans le cadre du Conseil de l’Europe exclut elle aussi toute discrimination, c’est incompréhensible.

Ces Messieurs – Sepp Blatter et Michel Platini, comme l’ensemble des membres du comité exécutif de la FIFA, tous des hommes – rentrent ainsi dans l’histoire du sport d’une bien triste façon. Et ce n’est pas en ajoutant une femme parmi les membres de ce comité en 2013, comme il l’a triomphalement annoncé, que Monsieur Blatter pourra se targuer d’avoir contribué à la promotion de la femme !

Tous ceux qui luttent parfois au péril de leur vie et de leur sécurité pour que les femmes jouissent dans quel que pays que ce soit des droits de l’homme universels se souviendront de la décision de la FIFA du 5 juillet 2012. Et l’Histoire jugera.

Pour ma part, je suis persuadée que loin d’être un instrument efficace de propagande via les centaines de millions de téléspectateurs qui suivent les matchs de football, cette décision se retournera contre ses auteurs.

Alors que la Charia tend à s’imposer comme loi constitutionnelle aux lendemains des révolutions arabes, la consécration par la FIFA de la discrimination dans le sport dont font encore l’objet tant de femmes dans le monde, risque en effet de conduire au fameux "choc de civilisation" que tous les humanistes cherchent à éviter. Mais le pourront-ils ? Là est la question posée par la décision du 5 juillet dernier de la FIFA.

 

Pour en savoir plus

www.troisfourmis.com