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Les dérives de la Hongrie

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04 juin 2012

Pour sa chronique "Les Idées claires" sur France Culture, Noëlle Lenoir revient lundi 4 juin sur les menaces que font peser sur l'Europe les dérives populistes ayant lieu en Hongrie actuellement.

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir sur le player de France Culture:

Il n’y a pas que sur le terrain de la gestion de crise de l’euro que l’Union européenne ne va pas bien. Elle paraît aussi défaillante dans la défense de ses propres valeurs. C’est en tous cas ce que démontre l’absence de réaction forte des responsables européens face aux violations par le gouvernement hongrois des principes démocratiques sur la base desquels l’Europe s’est construite.

La Hongrie s’était pourtant singularisée en s’affirmant comme un pays de liberté.

Voilà un pays qui fut le premier à se révolter en 1956 contre le régime soviétique et qui, trente trois ans plus tard, fut aussi le premier à donner le signal de la chute du Rideau de fer en ouvrant sa frontière avec l’Autriche.

Voilà un pays qui lors de son entrée dans l’UE en 2004 s’était naturellement engagé à en respecter les critères d’adhésion, au premier chef la démocratie et les droits de l’homme.

Or depuis la victoire écrasante aux élections du printemps 2010 du parti du Fidesz et l’arrivée au pouvoir de Viktor Orban comme Premier ministre,la Hongrie s’éloigne chaque jour davantage du pacte démocratique qu’elle a conclu en rentrant dans l’Europe.

Fort de sa majorité des 2/3 au Parlement, Viktor Orban est en mesure de faire passer n’importe quelle loi et n’importe quelle réforme constitutionnelle. Et il le fait en installant un régime de plus en plus autoritaire.

Exemple :

  • La Cour constitutionnelle rend un arrêt qui déplait ? Qu’à cela ne tienne,la Constitution est changée pour amputer la Cour de ses pouvoirs ;
     
  • Les magistrats se montrent indépendants ? Une loi est votée qui abaisse de 8 ans l’âge de leur retraite afin d’écarter les récalcitrants ;
     
  • Les médias sont libres ? Un Conseil des médias à la botte du pouvoir y met bon ordre et la seule radio d’opposition encore en activité se voit en décembre dernier interdite d’émission à Budapest…

Jusqu’à la nouvelle Constitution, applicable depuis janvier, qui déclare que "Dieu bénit l’homme hongrois" et proclame, dans la plus pure tradition irrédentiste, l’unité de la Grande Nation hongroise englobant les millions de citoyens des pays voisins d’origine magyar.

Enfin et ce n’est pas seulement anecdotique : l’amiral Horty, initiateur des lois antisémites et qui s’était précipité dans les bras d’Hitler en 1941, vient de se voir réhabilité par une commune proche de Budapest dont les élus ont donné son nom à la place centrale de la ville. Cette nouvelle se conjugue au demeurant avec une montée inquiétante de l’antisémitisme.

Pourtant, cette évolution n’est pas acceptée par tous. Des dizaines de milliers de hongrois ont défilé au début de l’année – à la grande surprise d’ailleurs du Premier ministre – contre la nouvelle Constitution. Mais l’Union européenne n’en a cure. Face à la situation politique de la Hongrie, pourquoi l’Union – qui ne s’inquiète apparemment que de la perte d’indépendance de la banque centrale du pays et laisse largement filer le reste – est-elle si peu audible ? 

Parce-que Monsieur Orban est vice-Président du PPE, parti du centre droit qui est le plus grand du Parlement européen ?

Parce-que priver le pays d’une manne européenne – plusieurs milliards d'euros – destinée à éviter la faillite d’une économie à la dérive serait mettre en difficulté les banques autrichiennes et allemandes ?

Je ne peux le croire. Ce que je voudrais croire, c’est que l’Union européenne aura bientôt le courage de rappeler haut et fort qu’elle n’est pas seulement un marché, mais un espace démocratique dont la sauvegarde est sous sa responsabilité. Sans cela, craignons quela Hongrie ne soit en fait le laboratoire d’un populisme qui, s’il gagne le continent, finira par l’engloutir.  

 

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