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Les Américains découvrent la couverture maladie universelle !

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02 juillet 2012

Noëlle Lenoir revient sur France Culture ce lundi 2 juillet sur l'arrêt de la Cour Suprême des Etats-Unis sur la loi sur l’accès à la santé voulue par le président Obama. Voici sa chronique "Les Idées claires".

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

Permettez-moi de vous emmener de l’autre côté de l’Atlantique où la Cour Suprême des Etats-Unis vient de rendre une décision majeure en validant la loi sur l’accès à la santé à laquelle le Président Obama souhaitait plus que tout pouvoir attacher son nom.

L’impact politique de cette décision est considérable, ne serait-ce qu’en vue des élections présidentielles de novembre. Mais je voudrais aussi insister sur ce que cette réforme signifie d’un point de vue culturel quant à ce qui nous singularise par rapport aux Américains.

Souvenez-vous du parcours du combattant qu’avait du subir le Président Obama pour faire adopter par le Congrès cette réforme jugée quasi-soviétique par les Républicains. C’est donc au forceps qu’a été adopté ce texte qui, en pas moins de 2700 pages, ne fait pourtant que fixer des règles simples, notamment :
tout Américain doit contracter une assurance-vie obligatoire, sous peine de pénalités ;
il est interdit aux compagnies d’assurance de refuser d’assurer une personne qui est malade ;
l’accès à l’aide médicale n’est plus limitée au très pauvres.

Il y a plusieurs leçons à tirer de cette décision historique :

  1. D’abord, 32 millions d’Américains sans couverture actuellement auront une assurance-maladie, et le taux des faillites personnelles dues à l’incapacité des malades de payer leurs soins – qui est de 62% aujourd’hui – devrait sensiblement diminuer.
  2. Ensuite, pour la première fois depuis l’ère Bush, la Cour suprême n’a pas décidé en fonction de ses lignes partisanes et ce, grâce au Chief Justice John Roberts. Nommé par GW Bush, il a finalement créé la surprise en votant avec les 4 juges nommés par Clinton et Obama. Son vote re-légitime ainsi une Cour dont les membres étaient très critiqués pour se partager quasi-systématiquement en fonction de la couleur politique – républicaine ou démocrate – du Président qui les avait nommés.
  3. C’est également bien sûr une victoire pour le Président Obama, même si chacun sait pertinemment que si son rival républicain – Mitt Romney - l’emportait, son premier geste serait de proposer d’abroger cette loi.
  4. Enfin et surtout, c’est culturellement que cette avancée sociale nous en dit le plus quant aux différences entre Européens et Américains.

Ici, en Europe, il serait impensable de supprimer la sécurité sociale. Elle a valeur constitutionnelle dans la plupart des pays et au niveau de l’Union européenne, son existence est maintenant consacrée par la Charte sur les droits fondamentaux intégrée dans le traité de Lisbonne. C’est d’ailleurs au passage pour cela que les Britanniques - qui sont décidément plus proches des Etats-Unis que de l’Europe – ont refusé de ratifier la Charte.

Aux Etats-Unis, aussi étrange que cela puisse paraître, 1 Américain sur 4 seulement serait en faveur de la loi, et même  41% d’entre eux, soit une bonne partie de ceux qui en sont les bénéficiaires, seraient pour son abrogation! Barack Obama en est conscient et a d’ailleurs déclaré "je n’ai pas fait cela parce que c’était politiquement rentable, mais parce que c’était bon pour le pays, bon pour les gens".

Ah ! Pour une fois qu’un responsable politique préfère le long terme au court terme ! Car parions que si Obama gagne les prochaines élections, les citoyens américains s’habitueront plutôt que prévu à une protection sociale qui leur paraîtra évidente et qu’ils regarderont sans doute eux aussi comme une loi naturelle de justice !  

 

Pour en savoir plus

www.troisfourmis.com