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Le système électoral américain

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31 octobre 2012

La présidente du Cercle des Européens revient sur France Culture sur les élections américaines dans "Le monde selon Noëlle Lenoir".

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

 

De San Diego où je me trouve actuellement, je comprends mieux la mécanique des élections américaines, leurs enjeux et comment elles reflètent l’état de la démocratie américaine.

Dans le sens positif :

La vaste mobilisation populaire qui précède les élections du 6 novembre prochain est un signe de santé. D’abord, les citoyens américains ne se cachent pas derrière leur petit doigt. Ils n’ont pas de difficulté à afficher leur inclination pour l’un ou l’autre candidat : Barack Obama, le Président démocrate sortant, ou le Républicain Mitt Romney, gouverneur du Massachussetts. Ensuite, les sujets sont véritablement sur la table : l’économie, le fédéralisme, la protection sociale, la santé, l’éducation, le rôle et les moyens de l’armée, les droits des femmes, voire la religion, rien ne paraît tabou. Enfin et surtout, les jeux ne sont pas faits de sorte que jusqu’au bout, le suspense demeure et que chacun a le sentiment qu’il s’agit d’une vraie compétition.

Dans le sens plus négatif :

Je suis surprise du déploiement d’argent que cette campagne entraîne. « Toujours plus ! » : tel pourrait être le slogan en matière de financement des campagnes électorales. Alors qu’en France, les dépenses de campagne pour les élections présidentielles sont plafonnées à 40 millions d’euros par candidat pour les deux tours, aux Etats-Unis – notamment après un arrêt de 2010 de la Cour suprême (« Citizens United v/Federal Election Commission ») – les frais de campagne sont sans limites aucune et tant les entreprises que les individus peuvent donner ce qu’ils veulent à leur candidat préféré. Du coup, c’est au bas mot 1 milliard de dollars qui est dépensé dans la campagne, et même davantage s’agissant de Romney qui attire davantage les riches américains que son challenger de Président. Barack Obama a bien raison de dire qu’il changera la règle pour inviter à plus de modération s’il est réélu. Au demeurant, n’est-il pas paradoxal que les donateurs républicains qui demandent toujours plus de réduction d’impôts soient les premiers à dépenser des sommes faramineuses pour la campagne électorale ?

Je suis également étonnée que, toujours sur le fondement de cette décision de la Cour suprême, des membres républicains de la Commission de contrôle des élections (« Federal Election Commission ») aient admis que des chefs d’entreprise adressent des notes de service à leurs salariés pour leur demander de voter dans un sens ou dans l’autre, en l’occurrence pour le candidat républicain.

Enfin, il est un fait que la radicalisation des thèses du parti républicain, en matière de droits des femmes, d’immigration ou dans le domaine social, donne un tour relativement peu agréable à la campagne. Rien à voir avec la courtoisie – mêlée d’agressivité, mais dans des limites convenables – des débats télévisés entre les candidats. Obama a été ainsi traité d’attardé mental par une journaliste de Fox News, la chaîne de télévision qui se veut porte-parole des républicains. Les films publicitaires destinés à discréditer l’un ou l’autre candidat sont souvent peu édifiants.

Le résultat sera serré, même si Obama a de grandes chances de gagner :

Il est temps que cette campagne s’achève si l’on pense à l’énergie qui y est consacrée et aux tâches urgentes et importantes qui attendent le Président élu à la suite du scrutin du 6 novembre. Les commentateurs s’interrogent sur l’impact électoral des conséquences désastreuses qu’a déjà l’ouragan Scandy en dévastant la côte Est du pays. Difficile de le savoir.

Ce qui est sûr, c’est que le résultat sera serré et que le vainqueur sera celui qui fera pencher les « Swing States » (une douzaine, mais avant l’Ohio) en sa faveur. Pas gagné, mais loin d’être perdu pour Obama. S’il est réélu, le patriotisme américain devrait convaincre les républicains d’accepter des compromis avec le gouvernement, notamment sur le budget qui n’est toujours pas définitivement adopté !

Les Américains se moquent de l’Europe et de sa gouvernance erratique. Les Européens ont-ils tant à envier aux Américains ? That is the question.

 

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