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Le cheval qu'on a pris pour un boeuf !

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13 février 2013

Dans sa chronique "Le Monde selon Noëlle Lenoir", la présidente du Cercle aborde le scandale des "Lasagnes à la viande de cheval" sur les ondes de France Culture.

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

Que penser du scandale des lasagnes à la viande de cheval, prétendument à la viande de bœuf, et qui ont été retirées des étals des grands magasins où ce plat préparé congelé était vendu en Europe ? Plus de dix pays – dont le nôtre – sont apparemment concernés.

Il ne s’agit pas d’une crise sanitaire, car le produit en question ne serait pas nocif pour la santé. C’est une bonne chose ! Chacun a en effet en mémoire le scandale de la vache folle des années 90. Il avait brisé la confiance du consommateur. Elle s’était rétablie peu à peu. Or face à ce qui apparaît à l’heure actuelle comme une fraude alimentaire, voilà que le consommateur se sent de nouveau trompé. C’est grave.

D’après ce que nous savons, ce serait à l’occasion d’une inspection sanitaire que les autorités irlandaises se sont aperçues que des hamburgers vendus dans les grands magasins, contenaient non du bœuf haché comme indiqué sur l’emballage, mais du cheval. La chaîne de distribution anglaise concernée a retiré ses produits en Irlande et également en Grande-Bretagne et on s’est rendu compte alors que la tromperie visait d’autres produits, notamment les fameuses lasagnes à la viande. Crime de lèse tradition alimentaire : les britanniques ne consomment pratiquement pas de viande de cheval ! Pourtant, on aurait identifié des abattoirs de chevaux Outre-manche, allez comprendre !

Quoiqu’il en soit, la fraude semble avérée. Il est trop tôt pour identifier les responsabilités et il faut donc se garder de porter un quelconque jugement à ce stade. L’avenir de plusieurs entreprises et de leurs salariés est en cause. Des enquêtes administratives et judiciaires sont en cours.

Ce qui m’importe, c’est ce dont cette affaire nous fait prendre conscience. De deux choses principalement :

  • Tout d’abord, il est un fait que la seule production de lasagnes congelées à la viande implique la participation de multiples acteurs et notamment d’intermédiaires. Pas moins de deux courtiers – l’un chypriote, l’autre néerlandais – des abattoirs ici ou là, des entreprises de fabrication et leur filiale au Luxembourg, des usines de transformation, les circuits sont complexes. La viande est donc traitée comme une matière première comme les autres. Elle suit les circuits financiers ordinaires.
  • Deuxième constat : malgré un système très sophistiqué de traçabilité de la viande bovine, mis en place au niveau de l’ensemble de l’Europe aux lendemains de la crise de la vache folle, la fraude – et elle pourrait être massive – n’a pu être évitée.

J’en tirerai pour ma part trois enseignements :

Si l’on décide de prendre des règles aussi strictes que celles du « Règlement Hygiène » de juillet 2000 sur l’étiquetage de la viande bovine, encore faut-il s’assurer par des contrôles suivis que lesdites règles sont effectivement respectées. Or en l’occurrence, dans la plupart des pays européens, les services de contrôle ont vu leurs moyens limités au gré des restrictions budgétaires. En Grande-Bretagne, les services de contrôle alimentaire ont ainsi vu diminuer de moitié leurs effectifs en moins de 20 ans. C’est bien parce que la SEC (le gendarme financier américain) avait été désarmé à l’occasion de sévères coupes budgétaires que la crise financière de 2008 a éclaté ! Ce n’est pas possible d’accepter cela.

Ce n’est pas de trop d’Europe que nous souffrons, c’est de pas assez d’Europe. Il n’est pas normal que l’Union européenne ne se soit pas encore dotée d’une brigade de contrôle sanitaire et alimentaire. Sur un marché aussi ouvert que l’est le marché intérieur européen, les fraudes alimentaires et les crises sanitaires qu’elles engendrent sont un risque permanent. Il faut le gérer ensemble et non pas Etat par Etat. Or l’OVA (office européen vétérinaire et alimentaire) ne contrôle que le fonctionnement des services d’inspection nationaux, et il le fait bien. Mais cela n’est pas suffisant. Il faut passer à l’étage supérieur.

Enfin, les aliments ne sont pas des biens comme les autres. La recherche de la rentabilité à coup de compression des prix au détriment de la qualité, voire de la santé est dangereuse. D’où l’importation en France de pommes de Chine et de 40% des poulets notamment de Thaïlande par exemple. On est loin de l’autosuffisance alimentaire dont se vantait notre pays !

Ce sont des questions que doivent se poser les ministres de l’agriculture des 27. Ce que je trouve amusant – en tous les cas paradoxal – c’est que les Britanniques qui sont les chantres de la déréglementation, et qui s’étaient opposés à l’étiquetage de la viande lorsqu’il a été question de l’instaurer, mettent en avant aujourd’hui avant tout les responsabilités européennes. Comment l’esprit vient aux filles…au pays de David Cameron !  

 

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