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Le changement de politique étrangère opéré par les Etats-Unis, chance ou une menace pour l’UE ?

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28 février 2017

Les premières semaines d’exercice du 45ème Président des Etats-Unis d’Amérique, combinées aux déclarations d’intention formulées tout au long de la campagne, laissent entrevoir un changement majeur dans l’orientation de la politique étrangère américaine.



Avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison Banche, celle-ci était principalement gouvernée depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale par la volonté supérieure de garantir la sécurité américaine soit par une lutte directe face aux ennemis de la nation américaine , soit par le maintien de la paix dans des zones d’intérêts américains . La résultante de cette politique étant le rôle souvent alloué aux Etats -Unis de « gendarme du monde ».

Or le nouveau Président américain semble animé par un désir tout autre, plus proche de la politique pragmatique qui fut celle de son pays au début du 20ème siècle et qualifiée de « politique de la porte ouverte » . Le monde n’est désormais plus vu comme un ensemble global dont l’équilibre est le garant de la sécurité nationale, mais comme un vaste champ d’opportunités et de menaces. Le principe directeur de toute éventuelle intervention se résumant à présent sur l’évaluation d’un simple rapport coût/bénéfice .

Ceci étant dit, quels en sont (ou seront) les impacts pour l’Union européenne ? Si l’administration Trump n’a pas encore clairement identifié les opportunités à saisir à l’international, en revanche les menaces et plus particulièrement les « ennemis » sont quant à eux bel et bien nommés. Il ne s’agit ni plus ni moins des adversaires de l’industrie américaine dont Donald Trump n’a cessé de se présenter comme le défenseur. Au moins trois d’entre eux ont été explicitement mentionnés par le Président américain : la Chine, l’Allemagne et les membres de l’ALENA (en particulier le Mexique). Et tous les moyens sont bons pour « lutter » contre ces « ennemis ».

Par exemple, la politique pro-Russe de Trump vise à renforcer un acteur dont la sphère d’influence se situe à la fois en Europe et en Asie. Une Russie forte est un élément capable de nuire en même temps aux intérêts chinois et européens. Peu importent les positions russes en matière de politique étrangère ou de politique intérieure. A présent seuls comptent les possibles retombés économiques pour les Etats-Unis. Tendre la main à la Russie ne coûte pas grand-chose, plante une épine dans le pied des concurrents commerciaux, et permet à l’industrie américaine d’entrevoir de nouvelles opportunités économiques. L’Union européenne va donc devoir composer avec un voisin ragaillardi par ce nouvel axe russo-américain. La levée des sanctions économiques prises à l’égard de la Russie devrait intervenir dans un futur proche, et il n’est pas non plus à exclure que les matières premières russes trouvent un nouveau débouché sur le marché américain, les rendant moins accessibles pour les européens.

De la même façon, les déclarations de Trump sur l’OTAN ne portent pas sur sa remise en question en tant qu’organisation mais essentiellement sur la remise en question de son financement. Les Etats Unis ne veulent plus assumer seuls le financement de cette organisation dont ils ne sont pas les principaux bénéficiaires. Les « partenaires » des Etats-Unis doivent tous contribuer à hauteur de leurs moyens. Les principaux visés par ses propos étant bien évidemment l’Allemagne en Europe et la Corée du Sud en Asie. Cette nouvelle orientation est un exemple concret de la volonté de rééquilibrage coût/bénéfice des intérêts américains à l’international.

La stratégie Pro-Brexit du Président américain suit la même logique. L’Union européenne est le socle de la prospérité allemande. Ainsi tous les moyens participant à sa déconstruction contribuent à l’affaiblissement d’un rival de l’industrie américaine ; et toujours à moindre coût. Le Président Trump ne s’est d’ailleurs pas privé de fustiger l’Euro à de nombreuses reprises. En effet, selon lui sa qualité de monnaie unique permet à l’Allemagne de bénéficier d’une monnaie sur évaluée, lui procurant un avantage commercial indéniable et indu. Sur le plan économique, cette stratégie se traduit principalement sur le plan commercial avec en point d’orgue la fin annoncée des négociations du Partenariat Transatlantique dont l’industrie allemande était vue comme le principal bénéficiaire. A plus long terme la stratégie tarifaire globale (droits de douane) des Etats-Unis à l’égard des produits en provenance de l’Union européenne sera à surveiller.

Cependant les relations commerciales directes entre l’UE et les Etats-Unis ne sont pas les seules susceptibles d’être remises en cause. Ainsi la revue des accords de l’ALENA , autre cible identifiée par l’administration Trump, aura également un impact pour les industriels européens dont le Mexique est une base arrière importante pour l’alimentation du marché américain. L’implantation programmée d’une usine BMW dans le Nord du Mexique a par exemple été explicitement visée par le Président américain, promettant des droits de douane exorbitants si ces véhicules étaient importés pour être distribués sur le marché américain. Les relations commerciales indirectes entre l’UE et les Etats-Unis sont donc également susceptibles d’être impactées par le changement de présidence américaine.

En revanche, l’Union européenne voit s’ouvrir à elle un certain nombre d’opportunités nouvelles liées au changement de cap américain opéré vis-à-vis de partenaires antérieurs. C’est en Asie que l’exemple apparait comme le plus flagrant. Dans sa volonté de rompre avec la politique tournée vers l’Ouest d’Obama, Donald Trump a annoncé son intention de mettre fin aux négociations d’accord de libre échange du Partenariat Trans-pacifique. L’Union européenne qui est également en négociation commerciale avec plusieurs partenaires de cette zone économique (Japon, Vietnam) pourrait ainsi voir son champ d’influence renforcé et l’attrait de ses partenaires renouvelé.

Ainsi, l’histoire confirmera ou infirmera ce qui semblent être les intentions en matière de politique étrangère de la nouvelle administration en place aux Etats-Unis. Une chose est sûre, si l’Union européenne pourra pâtir de ne plus avoir de relation commerciale privilégiée avec son cousin américain, des opportunités seront à saisir. Chez les autres acteurs économiques délaissés par les Etats-Unis d’une part, mais surtout en son sein en faisant front commun face à ce changement de direction et en renforçant la cohésion entre les membres de l’UE.

Par Florent Gourlay
 

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