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Le Chancelier de l’unité : En hommage à Helmut Kohl Par Noëlle Lenoir

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25 juin 2017

La disparition d’Helmut Kohl, ancien Chancelier de la République Fédérale d’Allemagne entre 1982 et 1998, soit plus de seize ans, a suscité un hommage unanime. Il a été «l'essence même de l'Europe », pour Jean-Claude Juncker, « Un homme d’Etat qui a aidé à réunifier l’Europe » pour Donald Tusk, tout simplement « Un très grand européen » pour Emmanuel Macron. Quant à la Chancelière Angela Merkel que Kohl a fait naître à la politique, elle a dit « il a changé ma vie de façon décisive ». Même Donald Trump, après avoir gardé le silence, est allé jusqu’à saluer « un ami et un allié » des Etats-Unis ; il ne pouvait faire moins.



Surnommé le « Chancelier de l'unité », il restera d’abord et avant tout l'artisan de la réunification des deux Allemagne, son projet de vie que l’effondrement du bloc soviétique rend soudainement crédible. C’est alors qu’il rentre dans l’Histoire. Dès novembre 1989, il présente son plan en dix points pour la restauration de l'unité allemande. Comme Robert Schuman avait caché aux autres membres du gouvernement son projet de Communauté européenne lancé dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay en 1950, Helmut Kohl lance son plan sans en avoir prévenu ses ministres, pas même celui des Affaires étrangères. Il négocie avec les dirigeants des autres pays membres de la Communauté européenne, à l’époque notamment Margaret Thatcher et François Mitterrand. Chacun se souvient que l’euro est le fruit des discussions entre les deux hommes : le président Français est inquiet de la réunification gage d’un regain de la puissance allemande, et c’est alors le Chancelier allemand qui aussitôt accepte d’abandonner le mark pour l’euro. Après la signature du traité interallemand d'union monétaire, économique et sociale, c'est au tour du traité d'unification d’être signé et à la ville de Berlin devenir la capitale de l’Allemagne unifiée. Le 3 octobre 1990 lors des élections générales, c’est un triomphe.

Réunifier l’Allemagne pour renforcer l’Europe : avec Helmut Kohl, le traité de Maastricht de 1992 permet à l’Europe de faire des pas de géants dans le sens de l’intégration tant économique que politique ; ce que beaucoup en France n’accepteront pas. Mais Jacques Chirac, alors dans l’opposition, aura l’intelligence et le courage d’emmener une grande partie du RPR en faveur du Oui, obtenu de justesse lors du référendum de septembre.

A partir de 1998, les vicissitudes de la vie se multiplient : la victoire du SPD et de Gerardt Shroeder en 1998 l’éloigne de la politique, tout autant que des révélations de financement occulte de son parti, sans évoquer même les problèmes de santé qu’il rencontre quelque dix ans plus tard.

J’ai eu la chance de le croiser plusieurs fois : notamment d’abord en tant que membre du Conseil constitutionnel lors des funérailles de François Mitterrand en 1996 à Notre-Dame de Paris, où il ne cachait pas son émotion et sa tristesse de perdre son compagnon de route avec lequel il avait si bien œuvré pour la construction d’une Europe plus solidaire et plus forte. Ensuite, comme ministre des Affaires européennes, sous la coupole, à l’Académie des Sciences Morales et Politiques en 2003 (voir photo) où lui avait été décerné le grand Prix de l’Académie. Je me souviendrai toujours de son discours empreint de nostalgie et de foi profonde dans le destin européen commun de l’Allemagne et de la France. Je me souviendrai toujours de son insistance à rappeler « d’où nous venons » et où nous sommes parvenus. Les mots qu’il a prononcés sont d’une actualité brûlante à l’heure de la relance de l’Europe et du couple franco-allemand que forment Angela Merkel et Emmanuelle Macron. L’espoir qu’avait levé les deux dirigeants français et allemands dans les années 90, presque trente ans plus tard est de nouveau à l’horizon. Gardons à l’esprit le message d’Helmut Kohl, à savoir que c’est bien parce que l’on est patriote que l’on doit être nécessairement et farouchement européen!

Noëlle Lenoir, Paris, Juin 2017
 

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