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La Grèce bouc-émissaire, cela ne marchera pas

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28 mai 2012

A l'occasion des propos polémiques de Christine Lagarde sur la Grèce, Noëlle Lenoir revient sur France Culture lundi 28 mai sur l'erreur de considérer la Grèce comme la responsable de tous les maux européens.

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir sur le player de France Culture:

En se disant plus préoccupée par la misère des enfants du Niger que par le sort des Grecs pourtant confrontés à une chute vertigineuse de leur niveau de vie, Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a voulu relativiser les épreuves que traverse la Grèce. Mais son propos ne pouvait que susciter des réactions de révolte dans un pays déjà en butte à une stigmatisation qui devient insupportable.

En fait, le problème posé est celui du bouc émissaire. Il ne s’agit pas de nier les efforts consentis par les Européens – à l’exception notable de la Grande-Bretagne – en faveur des pays les plus en difficultés, telle que la Grèce qui bénéficie de près de 150 milliards€ d’aides publiques dont la moitié a déjà été versée.

Pour autant peut-on continuer à faire comme si la Grèce était seule responsable de la situation de l’Europe ? Je dis non !

N’oublions pas d’abord trop vite le rôle dévastateur de la crise systémique bancaire qui a traversé l’Atlantique en déstabilisant pour longtemps les Etats européens.

N’oublions pas non plus que la crise grecque est le reflet des faiblesses de la construction européenne en renvoyant au laxisme des responsables européens qui se sont bien gardés d’expliquer à leurs électeurs les atouts, mais aussi les contraintes qu’imposait la monnaie unique :

  1. Quand on fait caisse commune, c’est le moins qu’on s’accorde sur la gestion des dépenses et des recettes. Or les gouvernements n’ont pas respecté la discipline collective. Le couple franco-allemand a obtenu en 2005 qu’on mette de côté le Pacte de Stabilité destiné à garantir l’équilibre des finances publiques des pays ayant l’euro en partage.
  2. La Grèce a certes triché en camouflant ses déficits – en s’attachant d’ailleurs pour ce faire les conseils d’une grande banque américaine – mais qui était dupe ? Pas grand monde. Cessons donc l’hypocrisie.
  3. Enfin, la troïka – formée de la Commission, de la BCE et du FMI – qui est à la manœuvre en dictant au gouvernement grec les mesures à prendre face à la crise, serait avisée d’inciter à une meilleure répartition des efforts collectifs à consentir. Car est-il normal en effet que l’Eglise orthodoxe, premier propriétaire foncier, ou encore que les armateurs qui sont à la tête de la première flotte marchande du monde, soient ainsi dispensés de ces efforts ?

Ne nous étonnons pas, en fustigeant sans cesse les Grecs, de voir les électeurs se tourner comme ils l’ont fait lors de la dernière élection législative vers les partis extrêmes dont un parti qui s’intitule lui-même néo-nazi. Je garde toutefois espoir.

Le 17 juin prochain, le peuple grec se rendra de nouveau aux urnes. Si l’on veut éviter qu’il élise une majorité ingouvernable, respectons ce peuple à qui nous devons tant et notamment d’avoir donné son nom à l’Europe !  

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