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Ioulia Timochenko, victime à Kiev d'un procès de Moscou

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14 mai 2012

Noëlle Lenoir était sur France Culture lundi 14 mai 2012 à 7h38. Elle remplace Clémentine Autain devenue porte-parole du Front de Gauche. Pour cette première chronique, elle revient sur Ioulia Timochenko.

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Si j’ai choisi pour ce dialogue matinal avec les auditeurs de France-Culture  de parler de Ioulia Timoshenko, l’ancienne Premier ministre ukrainienne condamnée à 7 ans de prison pour de prétendus « abus de pouvoir » et qui est sous le coup d’autres poursuites judiciaires fantaisistes, ce n’est pas par hasard. C’est parce que sa libération est un test, non seulement pour Viktor Ianoukovitch, le Président en place, mais pour l’Union européenne elle-même.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Ioulia Timoshenko en 2003 lors d’un colloque à Vienne sur l’Europe. Nous participions à la même table ronde et j’ai immédiatement été frappée par son charisme et sa détermination.

Elle a montré depuis lors qu’elle possédait ces qualités au plus haut degré. Ce n’est sans doute pas une sainte, mais là n’est pas le problème. Celle que les média appelaient la « Princesse du gaz » a d’abord fait fortune dans l’industrie gazière.

Député à partir de 1996, elle est l’icône de la Révolution Orange dont le visage et la natte blonde sont connues du monde entier. Militant activement pour ce mouvement démocratique, elle contribue de manière décisive à l’élection à la Présidence de Viktor Ioutchenko qui à l’époque en incarnait l’espoir. Ioulia Timoshenko est naturellement nommée son Premier ministre en 2005.

Cependant il n’est pas toujours bon d’être femme en politique et le Président nouvellement élu ne tarde pas à l’écarter. Elle redevient Premier ministre en 2007. Mais candidate aux élections présidentielles de 2010, elle échoue de peu, son ancien allié ayant utilisé tous les moyens pour lui faire barrage.

La suite n’est que trop banale s’agissant des Etats non démocratiques. Ianoukovitch, Président ukrainien aux allures staliniennes, déclenche un procès et la fait embastiller en 2011. Battue en prison par ses gardiens, souffrant de maladie, voici encore trois jours elle faisait une grève de la faim qu’elle a interrompue après avoir obtenu l’assurance d’être soignée par un médecin allemand.

On croirait la répétition du procès de Khodorkovski qui croupit dans sa geôle en Sibérie pour avoir osé braver le pouvoir absolu de Vladimir Poutine. Khodorkovski a des appuis outre-Atlantique, mais les responsables européens rechignent à s’opposer à leur voisin russe fournisseur de pétrole et de gaz.

Il pourrait en aller autrement pour Ioulia Timoshenko.

Déjà la Commission européenne a fait savoir qu’elle boycotterait les championnats de football de l’Euro 2012 organisés en Ukraine. Le Président allemand vient d’y annuler sa visite, et Madame Merkel a mis un point d’interrogation à sa participation à ces championnats.

L’Europe va-t-elle être capable cette fois-ci de tenir bon en faisant prévaloir ses valeurs sur ses intérêts directs ? Le cas Timoshenko devrait en toute logique être abordé entre François Hollande et la Chancelière allemande lors de leur prochaine rencontre.

Ce serait vraiment un plus si le couple franco-allemand recomposé pouvait mettre la libération de Ioulia Timoshenko à son actif !  

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