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François-Régis Hutin, grand patron de presse et Européen dans l’âme par Noëlle Lenoir

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21 Décembre 2017

Descendant de patrons de presse et lui-même grand patron de presse qui a donné à Ouest-France le rayonnement que l’on sait – être un grand quotidien régional d’audience nationale et européenne – François-Régis Hutin vient de nous quitter alors qu’il était encore à la tâche à la tête d’un groupe de media parmi les plus puissants de France.J’ai eu la chance de faire sa connaissance lorsque j’étais ministre des Affaires européennes à un moment clé de la construction de l’Europe : celui du lancement de la Constitution européenne, un texte qui a malheureusement échoué en 2005 sur les rives d’un référendum mal expliqué lors d’une campagne émaillée de fake news distillées par les adversaires de l’Europe, et des négociations d’accession à l’Union européenne des dix pays l’ayant rejoint en 2004, dont huit étaient restés derrière le rideau de fer pendant 60 ans.



J’ai pu voir François-Régis Hutin en quelque sorte sur le terrain, entouré des journalistes de la rédaction de Ouest à l’intention desquels il organisait des débats, des cycles de formation et des rencontres « off » avec des décideurs européens qui– en dehors de toute polémique politicienne – leur faisaient découvrir des arcanes de la machine européenne. L’un des stages de formation à la Commission européenne à Bruxelles avait été animé par Michel Barnier. Il reste gravé en ma mémoire tant l’intervenant avait mis de fougue à communiquer son adhésion à l’idée d’une Europe faite autant pour transcender les Nations que pour les protéger. Que vaut en effet la voix d’un seul Etat membre, fût-il la France ou l’Allemagne- dans un monde global dominé par les grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Chine et la Russie ? A la suite de cette formation à laquelle j’avais assisté, j’ai été plus que jamais convaincue de la pertinence du niveau fédéral européen pour défendre nos valeurs d’humanisme et de tolérance si gravement mises en danger de nos jours.

Alors que la plupart des medias français ont à peine un correspondant à Bruxelles, ce qui continue de m’étonner jusqu’à aujourd’hui, François-Régis Hutin s’est attaché à ce que chaque journaliste de Ouest-France en soit un à sa manière, ou au moins soit en permanence curieux de ce qui se passe en Europe. En ce sens, François-Régis Hutin a été bien plus qu’un grand témoin, ce qui est le propre des grands journalistes. Il a été un acteur fervent et efficace d’une cause qui hélas n’est pas acquise. C’et celle d’une Europe des Lumières se réclamant des valeurs universalistes et qui se doit d’être un modèle d’ouverture à la diversité des cultures qui ont façonné son histoire, et bien sûr de démocratie.

A l’heure du retour des populismes les plus offensifs et de la montée des intolérances de tous poils, l’œuvre accomplie par François-Régis Hutin sert de leçon : il faut avoir le courage – tout en écoutant les autres et le cas échéant en faisant évoluant sa pensée – de persister dans ses convictions. François-Régis Hutin a soutenu l’Europe, même lorsqu’elle était à contre-courant de l’opinion dominante ; ce qui n’est fort heureusement plus le cas en France depuis les dernières élections présidentielles. C’est d’ailleurs grâce à lui que le Club « MFE » – ministers for Europe – que j’ai lancé à la faveur du soixantième anniversaire du traité de Rome cette année, a pu faire paraître sa première tribune: 15 ministres des affaires étrangères ou européennes, membre du Club, venus des quatre coins de l’Union européenne et se rattachant à diverses sensibilités politiques avaient appelé à voter pour le candidat européen – Emmanuel Macron – face à la candidate d’extrême droite. Notre tribune, dont chacun était très fier, est parue entre les deux tours des Présidentielles dans Ouest-France, FG Hutin ayant été le seul à tout de suite et sans restriction applaudir à l’initiative pour la reprendre dans les colonnes de son journal!

Hommage lui soit rendu ainsi qu’à son épouse Jeanne-Françoise qui a partagé sans faille sa foi européenne et ses engagements humanistes.

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