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"Fédéralisme, tu veux ou tu veux pas ?"

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25 juin 2012

Noëlle Lenoir revient sur la main tendue par Angela Merkel à François Hollande. Selon la présidente du Cercle des Européens, "relance contre intégration" est un marché pour la France et donc pour l'Europe. Voici sa chronique "Les Idées claires" sur France Culture de ce lundi 25 juin.

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir sur le player de France Culture:

"Fédéralisme, tu veux ou tu veux pas ?" telle est la question que posera Angela Merkel à François Hollande mercredi à Paris. Au sein d’un quatuor formé de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France et de l’Italie, la Chancelière allemande a fait un grand pas en direction du Président français. Elle a donné son imprimatur à un programme keynésien pour la croissance de 130 milliards€, espérons-le première étape vers la mise en place des projets industriels communs, à l’instar d’Airbus.

130 milliards d’euros, ce n’est certes pas la mer à boire comparé aux programmes de relance, américain et chinois, qui ont chacun atteint pas moins de 1000 milliards de dollars. Mais ce n’est pas symbolique: c’est l’équivalent du budget annuel de l’Union européenne, et surtout, cet accord marque un tournant dans la conception allemande de la résolution de la crise. Madame Merkel admet qu’austérité sans croissance ne vaut.

Toutefois soyons réalistes, la gestion de la crise ne se limitera pas à l’injection d’argent public dans l’économie. Le contribuable ne pourra longtemps assumer tout le fardeau, mais de plus, l’accroissement de la dette des Etats ne peut que se heurter un jour ou l’autre - on le voit en Italie et en Espagne – à des taux d’emprunt prohibitifs.

D’où l’intense plaidoyer de la Chancelière allemande en faveur d’une discipline collective fondée sur une gouvernance politique de l’Europe. Sans aller jusqu’à évoquer comme l’a fait son ministre des Finances, Wolfgang Schaüble, l’élection au suffrage universel du Président de la Commission, elle viendra donc demander à la France la ratification du traité budgétaire consacrant cette discipline.

Sans convergence économique entre les pays, et sans volonté de conduire des réformes de structures qui redonneront à l’Europe les forces nécessaires face à une compétition mondiale impitoyable, notre continent s’enfoncera dans la crise.

Autant dire que Président français a dans ses mains aujourd’hui l’avenir de l’Europe et – je pèse mes mots – de notre pays. Car François Hollande sait pertinemment en effet que les Allemands intègrent cette hypothèse afin de stopper l’hémorragie des aides aux pays en difficulté qu’ils considèrent comme un puits sans fonds. Or :

  • Point 1 : la France, en l’absence des ressources pétrolières de la Norvège et de l’attractivité des paradis fiscaux comme la Suisse, n’a aucun intérêt à une telle implosion !
  • Point 2 : Si la France est seule, il est vrai, au sein du quatuor ayant décidé la relance à conserver des tendances souverainistes liées à la nature de son appareil d’Etat, pour autant, il faut faire le pas attendu pour qu’il soit clair que la solidarité économique à laquelle invite le Président français repose sur de solides bases politiques. Toutes proportions gardées, si les Allemands de l’Ouest ont accepté de verser 3000 milliards d’euros d’aides aux Länder de l’Est, n’est-ce pas en raison du sentiment d’unicité du peuple allemand ?

Le refus des Britanniques d’une telle avancée ne doit pas nous bloquer. Il est temps en effet de montrer aux peuples européens que leurs dirigeants n’ont pas renoncé à faire fructifier ce qui leur a été légué, à savoir une puissance économique et un ensemble démocratique fort de 500 millions d’habitants qui jouissent –malgré le creusement inquiétant des inégalités et la montée du chômage – des droits et libertés et d’une couverture de soins encore sans équivalent dans le monde.
 

Pour en savoir plus

www.troisfourmis.com