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De l'optimiste du peuple chinois

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15 novembre 2012

La présidente du Cercle des Européens revient sur France Culture sur la réalité économique chinoise dans "Le monde selon Noëlle Lenoir" à l'heure du changement de leader à Pékin.

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Retrouvez la chronique de Noëlle Lenoir avec le player de France Culture:

On a beaucoup glosé sur les conséquences du changement de tête au sommet de l’Etat chinois à l’issue d’un Congrès du Parti Communiste Chinois (PCC) dont les travaux, c’est le moins que l’on puisse dire, restent bien opaques pour les observateurs occidentaux que nous sommes. Revenant de Chine, j’ai eu l’impression à l’occasion de mes échanges avec divers interlocuteurs chinois que la société civile en général – je ne parle pas des 83 millions de membres du PCC – n’attendait pas grand-chose de la désignation du nouveau Président et du nouveau Premier ministre, programmée depuis plusieurs années.

En revanche, il m’a semblé que la société civile chinoise se réveillait et qu’en dépit de la censure et de la surveillance des réseaux sociaux, ceux-ci étaient en passe de bouleverser les rapports entre les citoyens et le Parti-Etat. On le constate d’abord et surtout à travers les protestations de plus en plus fortes contre la corruption endémique qui atteint l’administration et l’ensemble des secteurs d’activité à tous les niveaux. Selon un récent sondage, pour 80% de la population, la lutte contre la corruption est la première des priorités. A telle enseigne que le président sortant, Hu Jintao, a ouvert le 18e congrès du PCC devant plus de 2 000 délégués le 8 novembre dernier en appelant au combat contre la corruption endémique du pays qui selon lui pourrait s’avérer « fatale » au régime, et donc au Parti.

Il n’a pas tort. La captation de richesse au détriment des classes moyennes du fait de la corruption n’a pas eu jusqu’ici de conséquences désastreuses sur l’économie en raison du taux de croissance à deux chiffres qu’a connu la Chine ces dernières années et qui a permis d’absorber les pertes résultant des détournements d’argent destinés à l’enrichissement personnel de dignitaires plus ou moins haut placés.

Toutefois avec le ralentissement économique – le taux de croissance de 7,4% nous fait rêver, mais il représente une baisse de croissance de 30% – la corruption devient insupportable aux classes moyennes. En l’absence de véritable couverture sociale, celles-ci sont en difficulté. Elles sont en effet notamment confrontées à la hausse du prix des logements (pas moins de 3000€ le mètre carré dans la région de Shanghai et de Shenzhen) dont l’achat leur est nécessaire à titre d’épargne de précaution pour faire face à la maladie et à l’insuffisance de leurs retraites.

Une anecdote illustre la sensibilisation croissante des citoyens au fléau de la corruption. Une vidéo sauvage avait filmé un policier en train de plaisanter alors qu’un très grave accident de la route avait entraîné la mort de plusieurs personnes. Cette vidéo diffusée sur la toile avait suscité l’indignation devant tant de désinvolture. Mais quelques temps après, c’est une autre indignation qui s’est manifestée du fait que le policier en question apparaissait sur la vidéo comme portant au bras une montre de prix qu’à l’évidence il n’avait pas pu acheter avec son seul salaire. L’affaire a pris des proportions considérables dans tout le pays et le policier a dû finalement démissionner.

Certes la révélation par le quotidien Bloomberg de la fortune de Xi Jinping, le Président nouvellement intronisé, ne provoque pas les mêmes mouvements de protestation. Par ailleurs, la montée du nationalisme à l’encontre du Japon peut servir de dérivatif à une opinion toujours prompte à se dresser contre l’ancien ennemi. Ne sous-estimons cependant pas la capacité d’une société civile chinoise qui me paraît de plus en plus décidée à faire valoir ses droits à rappeler à l’occasion à ses nouveaux leaders l’engagement qu’ils ont pris de faire cesser un fléau qui est l’une des plus grandes sources de fragilité de la Chine d’aujourd’hui.

 

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