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Choisissons nos députés européens !

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11 mai 2009

Durant la première semaine de juin, les citoyens européens des 27 Etats membres de l’Union sont appelés à choisir, pour 5 ans à la représentation proportionnelle intégrale, les 736 députés européens qui les représenteront. Ce vote transnational fait du Parlement européen une institution sans équivalent dans le reste du monde. C’est la seule assemblée législative de plein exercice représentant les citoyens de plusieurs pays. Si l’Union européenne n’est pas un Etat fédéral, cette institution n’en a pas moins toutes les caractéristiques d’un parlement fédéral !



Le Conseil constitutionnel ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Il a estimé en effet, dans sa décision du 20 décembre 2007 sur le traité de Lisbonne, "qu’appellent une révision de la Constitution les dispositions du traité qui transfèrent à l’Union européenne, et font relever de la procédure législative ordinaire des compétences inhérentes à l’exercice de la souveraineté nationale", par exemple la législation communautaire relative à la Justice et à l’Immigration qui sera adoptée par le Parlement européen comme le sont les lois nationales dans les différents parlements nationaux.

La possibilité offerte aux Européens de peser par leur vote sur le fonctionnement de la démocratie devrait susciter l’enthousiasme. L’importance et la diversité des sujets traités par le Parlement européen, qui touchent directement les citoyens dans leur vie quotidienne, leur activité et leur situation sociale, devraient conduire les électeurs à se passionner pour ces élections. Regardons les thèmes abordés par le Parlement européen lors des toutes dernières sessions de son mandat : ont été discutées des législations sur le temps de travail, le congé maternité, le fonds d’aide aux victimes de la mondialisation, les tarifs des communications de téléphonie mobile d’un Etat membre à l’autre, le régulation des marchés financiers, la relance économique etc. Rien de tout cela n’est abstrait, ni déconnecté des préoccupations réelles des citoyens.

Et pourtant, et pourtant. D’élection en élection européenne, le désintérêt des Européens semble aller grandissant. L’abstention n’a fait qu’augmenter depuis la première élection en 1979 (taux de participation : 63%) jusqu’à la dernière en 2004 (taux descendu à moins de 46%)

Il n’y a pas de fatalité. Les Européens, et en particulier les Français, sont parfaitement capables de se mobiliser pour s’exprimer sur l’Europe. Ainsi si, en France, les électeurs ont été 42% seulement à participer aux élections de juin 2004 au Parlement européen, à peine un an plus tard, ils étaient plus de 70% à aller aux urnes pour se prononcer sur le référendum du 25 mai 2005.

L’apparent désintérêt des électeurs français (peu différents à cet égard du corps électoral des autres Etats membres) a des causes rationnelles :
- Ils ne perçoivent pas les enjeux de l’élection des eurodéputés, dès lors que le fonctionnement du Parlement européen ne fait pas apparaître de clivage politique fort entre la droite et la gauche ;
- C’est une élection qui n’est pas personnalisée, les candidats qui ont le plus de notoriété en France étant souvent ceux qui siègent le moins à Strasbourg ou Bruxelles et restent tournés vers la scène politique intérieure ;
- La campagne porte rarement sur des enjeux européens, les partis politiques mettant avant tout l’accent sur leur combat interne. A l’opposition qui veut ainsi faire du scrutin du 7 juin un vote sanction contre le Président de la République, la majorité répond que ce scrutin doit confirmer le succès de la présidence française du Conseil de l’Union !

Pas étonnant dans ces conditions que les électeurs ne répondent pas à la question posée, en l’occurrence celle du choix des eurodéputés qui décideront en leur nom et auront des comptes à leur rendre.

Transformer les votes européens en votes nationaux n’est pas la bonne solution. L’épisode du rejet du référendum sur le traité constitutionnel dont l’Europe ne s’est toujours pas relevée et continuera à subir les conséquences encore très longtemps le démontre amplement.

Le décalage grandissant qui existe entre le manque d’affectio societatis des électeurs vis à vis du Parlement européen et la réalité du pouvoir considérable de l’institution est dangereux.

Pourquoi ne pas changer de pied et songer à éduquer les enfants dès l’école de leur même appartenance à la Communauté des citoyens européens ? Il faudrait pour cela que le Conseil européen adopte "une stratégie globale pour l’éducation du citoyen européen" que Parlement et Conseil traduiraient en des mesures contraignantes assorties d’un budget suffisant pour leur mise en œuvre. Parmi ces mesures, la plus urgente serait de faire des instituteurs, à l’échelle du continent, les véritables hussards de la démocratie européenne !

Cela mettra du temps. Mais parions que c’est par l’éducation que ces futurs électeurs sauront se motiver le moment venu pour peser sur leur destin européen. L’Europe ne sera forte que si elle est aimée de ses peuples.

Noëlle Lenoir
Présidente du Cercle des Européens,
Ancienne ministre des Affaires européennes

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