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Barroso a raison de défendre l'Europe au G20

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20 juin 2012

Lors de la conférence de presse qu'il a tenu après le G20, José Manuel Barroso s'est montré offensif. Les journalistes nord-américains voyaient dans cette réunion l'occasion de mettre l'Europe au ban des accusés comme incapable de surmonter ses difficultés économiques. Le président de la Commission européenne a alors rappelé que la crise n'avait pas l'Europe pour origine... mais l'Amérique du Nord et les dérives de son système financier mal contrôlé et mal régulé. Il est incontestable, a-t-il martelé "qu'une bonne partie de notre secteur financier a été contaminé par, comment dire, des pratiques non orthodoxes de la part de certains secteurs des marchés financiers" selon les propos de M. Barroso.

José Manuel Barroso au G20 de MExico


Le refus de se voir donner des leçons fait du bien à une Europe qui essaie d'avancer, mais c'est vrai ne trouve pas sa cadence tant les failles de la gouvernance économique commune sont importantes. Le Président Barroso a tenté d'inverser les conclusions du G20 dans la déclaration qu'il a faite à la fin des discussions sur l'économie mondiale et la crise de la dette européenne, se félicitant de la reconnaissance par les dirigeants du G20 des efforts de l'UE pour faire face à la crise.

La prochaine étape d'intégration européenne semble être celle de l'Union bancaire. Dans un récent article sur le blog bruxellois du Financial Times, trois options se présentent :

  • Une Union bancaire de l'UE avec un superviseur unique, l'autorité bancaire européenne.
     
  • Une Union bancaire de la zone euro où la Banque centrale européenne deviendrait le superviseur bancaire.
     
  • Une Union bancaire intergouvernementale, un peu sur le modèle du récent traité budgétaire, qui risque de mettre la Commission européenne et surtout le Commissaire Michel Barnier à l'écart du processus de régulation financière.

La prise de position résolue du Président de la Commission est donc très importante dans la perspective du Conseil européen du 28 juin. En effet, les Britanniques vont tout faire pour bloquer l' Union bancaire européenne. D'où la question qu'il faudra bien réglés un jour: sont-ils vraiment encore dans l'UE? A force de faire jouer les "opting out" - ils ne sont ni dans l'eurozone, ni dans Schengen, ils n'ont pas ratifié la Charte des droits fondamentaux, ils se sont exclus des mécanismes de solidarité européens, etc. Les députés européens conservateurs britanniques se sont rattachés à un groupe souverainiste, sinon nationaliste. "L'Angleterre est une île" disait André Siegfried devant ses étudiants à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris après la Première Guerre Mondiale. Force et de constater que de plus en plus le Royaume-Uni joue perso et non plus collectif, comme l'ont montré les déclarations étonnantes de David Cameron au G20 : "Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu nous déroulerons le tapis rouge, et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni. Cela paiera nos services publics et nos écoles".

Sans le message fort de José Manuel Barroso, on aurait probablement surtout retenu la division européenne. Il est heureux qu'il ait rappelé «"qu'il y a aujourd'hui un appel international pour l'Europe à être plus unie, à aller plus loin dans l'intégration". L'Europe a un rôle à jouer comme moteur , voire précurseur, de la régulation mondiale dès lors que les engagements pris lors des précédents G20 ne sont pas tous tenus par les partenaires de l'Europe.

Une croissance forte, durable et équilibrée, telle est la priorité absolue du G20, "car elle engendre une création d'emplois plus importante et accroît le bien-être des peuples dans le monde entier" est-il ainsi expliqué dans le communiqué final. Les chefs d'Etats et de gouvernements européens donneront-ils à la Commission européenne les moyens de leur ambition ? That is the question.  

 

Noëlle Lenoir

Présidente du Cercle des Européens

 

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