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10 ans après l'élargissement, les nouveaux défis de l'Europe

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01 mai 2014

A l’heure du 10ième anniversaire de l’élargissement de 2004, il faut se remémorer quel a toujours été l’objectif de la construction européenne : permettre la réunification d’un continent qui n’aurait jamais dû être fracturé et s’affirmer comme un projet de civilisation.



Sur ces deux plans, l’Europe est une pleine réussite....D’abord, même si le processus n’est pas entièrement mené à bien, l’élargissement a réuni la famille européenne. « Nous devons faire l’Europe non seulement dans l’intérêt des peuples libres, mais aussi pour pouvoir y accueillir les peuples de l’Est qui, délivrés des sujétions qu’ils ont subies jusqu’à présent, nous demanderaient leur adhésion et notre appui moral » déclarait Robert Schuman dans son discours fondateur du 9 mai 1950. C’est fait. N’en déplaise à l’actuel Président russe, les Etats satellites de l’Union soviétique se sont libérés de la domination bolchévique, et les trois Etats Baltes, anciennes Républiques soviétiques n’ont nulle intention de retourner dans le giron de la Russie : l’Empire soviétique, c’est fini.

Ensuite, l’Europe est et reste fondamentalement un projet de civilisation. Le terme de civilisation est curieusement parfois mal connoté, alors qu’il ne renferme aucune idée a priori d’une quelconque supériorité d’une culture sur une autre. C’est ainsi qu’on avait reproché à la Convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing, de proposer d’insérer une formule désignant l’Europe comme « un continent porteur de civilisation ». On rêve ! Si l’on n’est pas fier des valeurs européennes d’universalisme et de libertés, c’est à désespérer ! La civilisation c’est un fait : elle repose sur le socle des valeurs d’une société dont elle détermine le mode de fonctionnement, les rapports entre individus comme ceux entre gouvernants et gouvernés. Or la guerre de 1914/1918, dont l’anniversaire lugubre se célèbre également cette année, s’est avérée être la négation même de cette civilisation, comme le nazisme en a constitué la ruine, heureusement provisoire.
A travers sa fameuse phrase « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortels » écrite ne l’oublions pas dans son recueil intitulé La Crise de l’Esprit en 1919, Paul Valéry illustre bien les enjeux européens d’aujourd’hui. Une Europe exemplaire en termes de mœurs politiques, une Europe prospère et juste, et une Europe puissance. Pourquoi y renoncerions-nous ? Pourquoi voudrions-nous revenir à l’Europe des Six, comme certains déclinistes patentés le prônent, alors que les grandes puissances mondiales asiatiques prennent le dessus ? Comment ne pas se targuer d’une Europe représentant plus d’un demi-milliard d’individus sur un espace de près de 4 et demi millions de kilomètres carrés, vivant en paix et jouissant d’un niveau de vie encore l’un des plus élevés du monde, et ce malgré la crise qui a accru la pauvreté dans les pays riches ?

Au lieu de revenir en arrière, soutenons au contraire ceux qui vont de l’avant et qui font bouger les lignes en faisant évoluer en Europe les modèles qui ne marchent plus.

Regardons en face et ensemble les défis : le défi social qui passe par une politique de l’éducation et de la formation véritablement européenne et aux circuits de financement assainis ; le défi énergétique qui exige de mettre fin au chacun pour soi et de mutualiser les pouvoirs de négociation vis-à-vis des pourvoyeurs extérieurs ; le défi de la sécurité qui doit nous ouvrir les yeux pour nous donner le courage de consacrer l’argent qu’il faut pour assurer nous-même notre défense.
 

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