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Afin de comprendre les enjeux de l’intégration européenne et nourrir le débat, le Cercle recueille le point de vue de responsables politiques et économiques ainsi que d’experts.
25 mars 2009
Interview de Pervenche Berès, Députée européenne (PSE) depuis 1994 et Présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
Pervenche Berès a été Présidente de la Délégation socialiste française au Parlement européen entre 1997 et 2004. Elle est Première vice-présidente du Mouvement européen-France depuis 1995.
Le Cercle des Européens : Quelles sont selon vous les causes profondes de la crise financière inédite que nous vivons aujourd’hui ?
Pervenche Berès : Pour moi, la crise est la résultante d’un mouvement tectonique des plaques lié à l’émergence de nouveaux acteurs où le capitalisme mondial s’est organisé pour maximiser ses profits. La Chine a joué le rôle de principal pourvoyeur d’épargne pour financer le déficit américain. Parallèlement, nous avons assisté à un mouvement de délocalisation massif sous l’impulsion des entreprises américaines et européennes qui s’est accompagné d’une pression sur les salaires dans les pays occidentaux. Dans le même temps, nous avons connu des taux d’intérêt relativement bas, considérés comme insuffisants par les investisseurs qui, motivés par la recherche de rendements supérieurs ont mis en route des machines à produire du 15% par le biais de produits complexes et à risque. La nécessité de maintenir un certain niveau de demande intérieur a, en parallèle, conduit au développement de mécanismes d’endettement excessifs des ménages, notamment américains. La crise n’est donc pas simplement la résultante des seules subprimes et d’un défaut de régulation et de supervision. Des mécanismes macroéconomiques de déséquilibres globaux étaient également à l’œuvre.
En quoi la tendance à déréguler les marchés financiers, notamment en Europe, ces dernières années a contribué à cette crise ?
La financiarisation de l’économie mondiale a produit un système instable, caractérisé par la quête d’une rentabilité toujours plus élevée, obtenue momentanément par des montages financiers complexes, prélude à des crises toujours plus fortes. La crise que nous traversons remet au gout du jour des principes sains que la "planète-finance" oublie régulièrement et que la planète politique n’a pas osé rappeler ou imposer, face à la puissance de la première, en particulier qu’une profitabilité élevée ne peut pas être sans risques.
L’euro a-t-il protégé des effets de la crise ? Et si oui, pourquoi ?
Sans l’euro, l’impact de la crise financière sur l’économie européenne aurait été bien pire qu’il n’est aujourd’hui, la situation des pays européens qui sont en dehors de la zone euro en est un exemple flagrant. Mais la monnaie unique ne suffit pas et la crise financière rend encore plus urgent à la fois une meilleure coordination des politiques économiques nationales, et notamment des plans de relance, et une surveillance intégrée des marchés financiers.
Quels sont les mesures absolument nécessaires pour refonder le système financier mondial que les Européens pourraient proposer au G 20 ?
Au delà de la nécessaire surveillance macro-économique multilatérale, je pense que l’exigence que tout acteur financier doit être régulé et supervisé, qu’aucun produit ni aucune juridiction ne peut échapper à la régulation et à la supervision est fondamentale. Mais ceci suppose aussi que l’Union européenne balaye devant sa propre porte et s’attaque avec détermination à la question des paradis fiscaux, y compris à ceux en son propre sein.
Je pense ensuite qu’un FMI réformé, plus démocratique car plus représentatif des équilibres économiques actuels, devrait s’imposer comme garant de la stabilité financière globale. Cela aura un coût, car toute supervision efficace et forte face aux logiques de marché a un coût, mais c’est un investissement dans la stabilité du système financier et en cela c’est donc un investissement d’avenir nécessaire, sans lequel les marchés ne peuvent pas fonctionner efficacement.
Enfin, si l’on veut changer le système financier, il faut radicalement revoir les mécanismes d’incitation à la prise de risque et aux investissements de court-terme qui sont dans le meilleur des cas neutres pour l’économie réelle, mais malheureusement le plus souvent contreproductifs. Cela implique d’encadrer les rémunérations des acteurs financiers et la distribution des dividendes.
Interviews spéciales crise et G20 de Londres
Retrouver le point de vue de :
Jean Lemierre
Jacques de Larosière
Bruno Deletré
Elie Cohen
Chercheur à Bruegel et Professeur d’économie à l’Université Libre de Bruxelles, André Sapir analyse la réponse de l’Union européenne à la crise grecque en soulignant les importantes divergences entre Etats membres ainsi que les raisons des hésitations de l’Allemagne. Plaidant pour l’intervention du FMI en Grèce, il estime que le moment politique n’est pas opportun pour créer un Fonds monétaire européen qui nécessiterait une réforme des traités. Il considère de même que si la gouvernance économique est souhaitable à terme, il convient avant tout aujourd’hui de prendre des décisions concrètes face à une situation d’urgence. André Sapir met enfin l’accent sur le fait que l’endettement élevé des pays de l’eurozone "limite notre capacité d’action" face à la mondialisation ou au vieillissement de la population.
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