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Afin de comprendre les enjeux de l’intégration européenne et nourrir le débat, le Cercle recueille le point de vue de responsables politiques et économiques ainsi que d’experts.
24 mars 2009
Interview d’Elie Cohen, Directeur de recherche au CNRS, Professeur à Sciences Po et Membre du Conseil d’Analyse Économique auprès du Premier Ministre.
Parmi ses dernières publications :
Elie Cohen et Jean Pisani-Ferry : "Economic institutions and policies in the US and the EU : convergence or divergence ?", pp. 261-291, dans The European Economy in an American Mirror, Routledge, 30 mars 2008.
Elie Cohen, Philippe Aghion et Jean Pisani-Ferry, Politique économique et croissance en Europe, rapport du Centre d’Analyse économique, La Documentation Française, 2006.
Elie Cohen, Le nouvel âge du capitalisme : Bulles, krachs et rebonds, Fayard, 2005.
Le Cercle des Européens : Quelles sont selon vous les causes profondes de la crise financière inédite que nous vivons aujourd’hui ?
Elie Cohen : Les déséquilibres globaux de la mondialisation sont à l’origine de la crise présente et se traduisent par un triple problème : déficit de balance courante US, anémie du taux d’épargne US, et inadaptation du taux de change $/RMB. La crise trouve donc son origine dans une mondialisation bancale et non essentiellement dans les turpitudes financières.
Les politiques permissives de la Fed et le refus de Mr Greenspan de s’attaquer aux bulles successives d’actifs sont à l’origine de la formation d’une bulle des liquidités et du crédit : l’aversion aux risques de la récession a conduit à une politique agressive et répétée de baisse des taux.
Quand la ressource financière ne coûte rien les banques accroissent les volumes de crédit et multiplient les innovations financières pour améliorer leur rentabilité et les ménages sont incités à s’endetter. L’innovation financière s’est développée sans contrôle à côté d’un système bancaire de plus en plus régulé avec comme résultat le développement d’une shadow finance qui échappait à l’œil du régulateur. Nombre d’innovations financières ont révélé de graves dysfonctionnements des marchés (Modèle d’origination distribution de crédits immobiliers, CDS, …)
L’innovation financière est double : elle contribue au développement financier et donc à la création de financements innovants, elle exploite les trous de la régulation domestique et la concurrence internationale des systèmes financiers. Déséquilibres globaux, politique monétaire laxiste, innovation financière débridée et régulation permissive sont les 4 facteurs explicatifs majeurs de cette crise.
En quoi la tendance à déréguler les marchés financiers, notamment en Europe, ces dernières années a contribué à cette crise ?
La crise n’est pas le résultat d’une absence de régulation mais de sa fragmentation, de son inadaptation et de sa manipulation à des fins politiques et partisanes.
Les alertes n’ont pas manqué sur les dangers du modèle origination distribution, l’absence de régulation des produits dérivés et notamment des cds, le caractère procyclique des normes prudentielles et comptables. Mais, comme l’a déclaré avec une touchante naiveté Alan greenspan lors de son témoignage devant le Congrès, l’autorégulation des marchés, la confiance faite aux managers pour défendre les intérêts de long terme de leurs actionnaires et le refus de juguler les bulles d’actifs dans leur phase de formation ont été des erreurs.
La concurrence entre régulateurs et les limites intrinsèques aux métiers de la régulation (asymétrie d’information) ont révélé que la montée des risques de liquidité et, au delà, des risques systémiques ne pouvaient être anticipés.
La crise actuelle a permis d’établir que le développement des produits dérivés avait mis en branle un processus de synchronisation et de corrélation généralisée des marchés.
A ces manques et à ces failles de la régulation américaine il faut ajouter une dimension spécifiquement européenne. La BCE n’a pas la latitude d’intervention de la Fed (cf la politique de quantitaive easing) de plus la régulation prudentielle et la supervision financière sont doublement fragmentées (par pays, par produit). L’incapacité des Européens à doter le marché unique ou la zone euro d’un superviseur commun et la querelle sans fin entre régulateurs financiers et monétaires, nationaux ou locaux est un problème majeur pour le futur que les timides propositions de la Commission de la Rosière ne contribueront pas à résoudre.
L’euro a-t-il protégé des effets de la crise ? Et si oui, pourquoi ?
Si l’on en juge par la violence de la crise financière et de change des PECO non intégrés à la zone euro, la réponse est évidente l’Euro a protégé ses membres.
A l’inverse l’écartement des spreads sur dette souveraine de pays comme la Grece ou l’Irlande montre qu’il ne suffit pas d’appartenir à la zone euro pour être considéré par les marchés comme aussi vertueux que l’Allemagne.
Quels sont les mesures absolument nécessaires pour refonder le système financier mondial que les Européens pourraient proposer au G 20 ?
Le problème n’est ni la refondation du capitalisme ni la réforme dans l’urgence du système financier. La priorité est à la réparation d’un système cassé et à une relance significative et coordonnée des économies.
La gouvernance financière mondiale s’est révélée tragiquement insuffisante : le G7, le FMI, Le FSF ont été incapables de prévenir et de traiter la crise. La première réunion du G20 a fait naître de grands espoirs mais les dirigeants réunis ont été incapables de pointer le problème à l’origine de la crise à savoir les déséquilibres globaux de la mondialisation les flux d’épargne et la question des taux de change. Ils ont préféré rédiger un catalogue de réformes, toutes bienvenues mais qui prendront du temps.
Depuis quelques mois, un triple accord sur les principes de l’action s’est fait jour :
1/ La priorité donnée au dégrippage du système financier a conduit à adopter une panoplie d’outils d’intervention commune.
2/ La nécessité d’un effort de relance budgétaire et fiscale a été affirmée à l’occasion du G20
3/ Les Banques centrales continuent à baisser leurs taux voire à explorer de nouvelles voies (quantitative easing) pour parer à la perte d’efficacité des politiques de baisse de taux.
Pour le G20 de Londres les priorités sont les mêmes :
1/Réparer le système financier (c’est essentiellement un problème US)
2/Relancer l’économie mondiale (c’est essentiellement un problème européen)
3/ Renforcer la coordination et les moyens d’intervention du FMI (cela dépend du bon vouloir de pays à larges réserves comme la Chine)
4/Réformer le système financier avec 3 priorités :
Jeter les bases de la réforme du système en mettant l’accent sur la mise en place d’un régulateur systémique au niveau international et plus encore au niveau régional (l’Europe devrait montrer la voie).
Lancer le chantier de Bâle 3 qui devra corriger le caractère procyclique des normes actuelles et inventer un système de provisionnement dynamique.
Préparer une régulation spécifique pour les institutions financières complexes multinationales et à risque systémique avéré
La focalisation européenne sur les hedge funds ou sur les agences de notation n’est pas bien inspirée, l’urgence est ailleurs.
Pour approfondir :
Bibliographie complète d’Elie Cohen
Interviews spéciales crise et G20 de Londres
Retrouver le point de vue de :
Jean Lemierre
Jacques de Larosière
Pervenche Berès
Bruno Deletré
Chercheur à Bruegel et Professeur d’économie à l’Université Libre de Bruxelles, André Sapir analyse la réponse de l’Union européenne à la crise grecque en soulignant les importantes divergences entre Etats membres ainsi que les raisons des hésitations de l’Allemagne. Plaidant pour l’intervention du FMI en Grèce, il estime que le moment politique n’est pas opportun pour créer un Fonds monétaire européen qui nécessiterait une réforme des traités. Il considère de même que si la gouvernance économique est souhaitable à terme, il convient avant tout aujourd’hui de prendre des décisions concrètes face à une situation d’urgence. André Sapir met enfin l’accent sur le fait que l’endettement élevé des pays de l’eurozone "limite notre capacité d’action" face à la mondialisation ou au vieillissement de la population.
19 février 2010
Député européen, Vice-président du groupe S&D et membre de la commission des Affaires étrangères, Adrian Severin nous livre sa conception du rôle de Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangère et la politique de sécurité, tel que créé par le traité de Lisbonne. Revenant sur l’audition de Catherine Ashton il met en avant la nécessaire coopération avec le Parlement européen et propose dans ce sens la création "d’un conseil consultatif informel". Alors la mise en œuvre du Service européen extérieur fait déjà l’objet de vifs débats, il estime que celui-ci doit être "un service européen et non le rassemblement de services diplomatiques nationaux".
1er février 2010
Députée européenne et première Vice-présidente de la commission de l’Environnement du Parlement européen, Corinne Lepage dresse un bilan du sommet de Copenhague sur le Climat. Considérant qu’il s’agit "d’un échec collectif", la Députée dénonce l’absence d’engagements chiffrés en terme de réduction d’émission de CO2 ou d’aide financière aux pays en développement. Elle souligne l’isolement de l’UE tout en identifiant les responsabilités de chacun dans cet échec : Etats pétroliers, Chine, Etats-Unis ou "groupe des 77". Craignant des "conséquences économiques désastreuses" suite au "fiasco de Copenhague", Corinne Lepage affirme que " l’Europe risque de perdre un leadership industriel".
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